SOMMET
UNION EUROPEENNE - AMERIQUE
LATINE
POINT DE PRESSE DU PREMIER
MINISTRE, M. FRANCOIS
FILLON
(Lima, 19 mai 2008)
Bonjour
Messieurs, Mesdames,
Je
voudrais dire deux mots
sur la réunion
que nous venons d'avoir
dans le cadre du sommet
entre les pays de l'Union
européenne, de
l'Amérique latine
et des Caraïbes.
D'abord pour remercier
nos hôtes péruviens
pour la qualité
de leur accueil, vous
dire que les relations
entre l'Amérique
latine et l'Europe sont
absolument essentielles
pour aborder les questions
les plus stratégiques
pour l'avenir du monde
: la question de la
mondialisation ; quelles
règles nous voulons
en matière d'échanges
économiques ;
est-ce que nous voulons
introduire l'idée
d'une mondialisation
plus éthique,
plus humaine ? Comment
lutter contre le réchauffement
climatique ? Ce sont
des sujets sur lesquels
le dialogue qui s'est
noué entre l'Union
européenne et
l'Amérique latine
est un dialogue fructueux,
un des dialogues les
plus intenses qui soit
entre deux grandes régions
du monde, notamment
sur la question du réchauffement
climatique.
Pour
répondre aux
défis qui nous
concernent tous, nous
avons besoin d'une Europe
volontaire et forte
et nous essayons de
la construire. Mais
nous avons aussi besoin
que d'autres régions,
et notamment l'Amérique
latine et les Caraïbes,
des régions si
dynamiques, si légitimement
désireuses de
prendre toute leur part
dans la gouvernance
mondiale, se mobilisent.
Et c'est tout l'enjeu
du sommet qui s'est
tenu aujourd'hui.
Les
pays d'Amérique
latine et des Caraïbes
ont connu des évolutions
remarquables. Ils ont
massivement fait le
choix de la démocratie.
Ils ont un poids démographique
et économique
grandissant : 600 millions
d'habitants, des taux
de croissance souvent
très élevés,
les plus grandes réserves
de pétrole après
le Moyen-Orient, des
richesses minières
considérables,
des capacités
agricoles et surtout
une très grande
richesse en capital
humain.
La
France qui, avec l'Espagne
et le Brésil,
est à l'origine
de ce processus qui
a été
lancé il y a
neuf ans, a vocation
à jouer un rôle
déterminant dans
le renforcement du partenariat
entre l'Europe et l'Amérique
latine et les Caraïbes.
Par son rôle en
Europe, bien sûr,
à la veille de
la Présidence
française, mais
aussi, permettez-moi
de le souligner, par
sa place privilégiée
sur le continent américain,
la France est aussi,
par ses territoires
d'Outre-mer, un pays
américain. Elle
y entretient des relations
d'amitié très
anciennes, que renouvelle
en permanence le dynamisme
de ses entreprises.
Dans
la plupart des pays,
nous sommes premiers
investisseurs étrangers,
notre réseau
culturel est extrêmement
dense. Nous avons 34
lycées, 302 alliances
françaises. Les
départements
français d'Amérique
offrent un relais pour
la coopération
régionale. Aujourd'hui,
à Lima, je suis
venu, au nom du président
de la République
française et
du gouvernement, porter
plusieurs messages à
nos partenaires latino-américains.
Je
leur ai dit que les
grands pays du continent
avaient vocation à
prendre toute leur part
dans la gouvernance
du monde. Vous savez
que c'est une idée
que le président
de la République
défend avec énergie.
Nous voulons que le
G8 se transforme en
G13, parce que nous
ne voulons pas que l'on
continue à discuter
des grandes affaires
du monde en ignorant
à la fois la
Chine, l'Inde et l'Amérique
latine, et l'Afrique.
Je leur ai dit aussi
que nous voulions que
dans les grandes institutions
financières internationales,
les pays d'Amérique
latine aient toute leur
place.
Je
leur ai également
indiqué que nous
devions nous mobiliser
ensemble face aux défis
globaux, d'abord celui
de la lutte contre le
changement climatique,
parce que c'est l'urgence
absolue. Il faut unir
les efforts des Européens
et des Latino-américains,
avec un objectif stratégique,
arriver à un
accord pour la Conférence
de Copenhague en 2009.
Ensuite,
celui de la cohésion
sociale, qui est pour
nous indissociable du
développement.
Pour être durable,
la prospérité
doit être partagée.
C'est d'ailleurs dans
cet esprit que je suis
allé ce matin
visiter un centre du
Samu social, à
Huycan, centre du Samu
social qui, comme vous
le savez, est inspiré
par une idée
française.
Nous
avons décidé
de renforcer notre coopération
avec les pays d'Amérique
Latine, notamment sur
cette question du réchauffement
climatique. Et je voudrais
insister sur le fait
que l'Amérique
latine c'est la seule
région du monde
avec laquelle l'Europe
entretient depuis maintenant
longtemps et de façon
régulière
un dialogue stratégique
sur cette question du
réchauffement
climatique.
Nous
avons évoqué
la question de l'intégration
régionale, parce
que c'est dans la nature
même de l'Union
européenne que
de vouloir continuer
à promouvoir
cet objectif qu'elle
a d'abord fait sienne
et qui a été
pour elle gage de prospérité
et de stabilité.
Et puis celui enfin
que représente
la crise alimentaire,
en développant
deux idées simples.
D'abord,
nous devons répondre
collectivement à
l'urgence de la situation,
c'est la raison pour
laquelle nous avons
nous-mêmes augmenté
notre aide d'urgence,
l'Union européenne
a fait de même,
et nous avons invité
tous ceux qui peuvent
le faire à aller
dans le même sens.
Mais à moyen
terme, et c'est sans
doute cela le plus important,
nous voulons une action
coordonnée des
pays et des grandes
institutions régionales
et internationales pour
mettre le développement
de l'agriculture vivrière
au cœur des politiques
d'aide. Et la décision
finale qui sera adoptée
dans un instant reflète
nos engagements communs
sur ces sujets.
Enfin,
j'ai rencontré
plusieurs chefs d'Etat
et de gouvernement du
continent, ainsi que
le président
de la Banque interaméricaine
de développement
pour parler de la sécurité
alimentaire, pour parler
du sort d'Ingrid Betancourt,
pour parler des relations
entre les pays andins
et du rôle que
la France peut jouer
pour apaiser les tensions
qui sont nées
notamment entre la Colombie
et le Venezuela et l'Equateur.
Et enfin, pour assurer
la promotion des projets
économiques français.
Voilà,
Mesdames et Messieurs
les raisons de ma présence
aujourd'hui à
Lima. Je suis prêt
maintenant à
répondre aux
questions que vous voudrez
me poser.
Q
- Vous avez rencontré,
je crois le président
vénézuélien,
Hugo Chavez, sur qui
la France avait beaucoup
misé pour œuvrer
dans le dossier des
otages en Colombie.
Aujourd'hui, M. Chavez
est soupçonné
d'avoir "aidé"
les propres ravisseurs
d'Ingrid Betancourt.
Dans ce contexte, est-ce
que la France peut toujours
le considérer
comme un interlocuteur
privilégié
?
R
- D'abord, la
France parle avec tout
le monde. En particulier,
la France parle avec
tous les chefs d'Etat,
légitimes, c'est-à-dire,
les chefs d'Etat qui
ont été
élus, les chefs
d'Etat qui sont reconnus
par la communauté
internationale, et à
ma connaissance, si
le président
Chavez est présent
aujourd'hui à
Lima, c'est qu'il est
reconnu par la communauté
internationale. Ensuite,
la France, je le dis
très directement,
ne négligera
aucune piste pour essayer
de renouer les fils
du dialogue avec les
FARC sur la question
de la libération
d'Ingrid Betancourt,
aucune piste ! Je l'ai
dit au président
Chavez comme je l'ai
dit au président
Uribe comme je l'ai
dit au président
du Pérou et à
tous mes interlocuteurs.
Il s'agit là,
pour nous d'une question
humanitaire qui demande
une mobilisation de
tous, qui demande à
chacun de faire abstraction
de ses intérêts,
il s'agit de sauver
la vie d'une femme qui
est sans doute en train
de mourir. C'est un
sujet qui doit dépasser
les querelles régionales,
les querelles politiques
qui, naturellement,
ont leur raison d'être
et que par ailleurs,
nous comprenons et nous
respectons. Nous ne
baisserons jamais les
bras tant qu'il y aura
de l'espoir, nous n'abandonnerons
pas Ingrid Betancourt.
Q
- Est-ce que depuis
l'échec de la
mission humanitaire
envoyée par le
président de
la République
et la France en Colombie
il y a eu un changement
de méthode sur
le dossier ?
R
- Je n'ai pas
d'autre chose à
vous dire. Toutes les
pistes sont explorées.
Toutes les propositions
qui nous sont faites
sont regardées.
Tous les interlocuteurs,
pour nous, sont des
interlocuteurs valables,
parce qu'il s'agit d'une
petite flamme qui brille
dans la nuit et nous
ne voulons pas que cette
flamme s'éteigne.
Q
- Monsieur le Premier
Ministre, l'absence
de Nicolas Sarkozy à
ce sommet a déçu
les dirigeants d'Amérique
latine, est-ce qu'à
un mois et demi de la
Présidence française
de l'Union européenne,
ce n'est pas une erreur
diplomatique et est-ce
que vous-même
vous ne considérez
pas que vous avez plutôt
pour tâche de
mener la politique gouvernementale
en France plutôt
que de remplacer Nicolas
Sarkozy à l'autre
bout du monde ?
R
- D'abord, ce
n'est pas très
aimable pour moi de
dire que l'absence de
Nicolas Sarkozy a déçu,
même si je comprends,
naturellement, ce que
vous voulez dire. Il
y a en France un président
de la République
et un chef de gouvernement,
il y avait d'ailleurs
ici des présidents
et des chefs de gouvernement,
nous l'avons souvent
dit avec le président
de la République,
nous nous remplaçons.
Quand le président
de la République
ne peut pas être
présent, c'est
moi qui le remplace
et le gouvernement français
qui est présent,
c'est l'Etat français
qui est présent.
Je crois que le président
de la République
a montré ces
derniers mois qu'il
avait une activité
internationale très
intense. Cette activité
internationale va se
renforcer avec la Présidence
française de
l'Union européenne
; nous avons décidé
de nous partager les
rôles et c'est
comme cela que nous
fonctionnerons, y compris
pendant la Présidence
française de
l'Union européenne.
Q
- A propos de la libération
d'Ingrid Betancourt.
R
- Non, bien entendu,
aucune nouvelle. Si
j'en avais une, je serais
très heureux
de vous l'annoncer.
Malheureusement, il
n'y a pas aujourd'hui
de nouvelles informations
en tout cas, qui soient
confirmées et
qui méritent
d'être débattues
devant vous.
Q
- A propos de la Présidence
du Conseil de l'Union
européenne :
est-ce que dans ce cadre,
la France aurait un
point particulier de
son programme qui concerne
l'Amérique latine
?
R
- Bien sûr,
toute la politique qui
est conduite aujourd'hui
par l'Union européenne
vis-à-vis de
l'Amérique latine
va se renforcer, va
se poursuivre sous la
Présidence française.
Le président
de la République
lui-même aura
l'occasion de venir
sur le continent américain
lors du sommet entre
l'Union européenne
et le Brésil
en décembre 2009.
Le président
de la République
a indiqué au
président Calderon
qu'il viendrait au Mexique
au début de l'année
2009 et l'ensemble des
sujets que j'ai évoqués
tout à l'heure,
c'est-à-dire
la lutte contre le réchauffement
climatique, la question
de la sécurité
alimentaire, les questions
de développement
d'une manière
générale
et ce que j'appelais
tout à l'heure
"la mondialisation
éthique",
c'est-à-dire
les conditions dans
lesquelles la globalisation
des marchés doit
s'effectuer, seront
au cœur des préoccupations
de la Présidence
française de
l'Union européenne,
dans la continuité
de ce qui a été
fait depuis plusieurs
mois. Et la volonté
de la France, c'est
de faire de l'Amérique
latine un partenaire
privilégié
de l'Union européenne.
Voilà,
merci beaucoup Mesdames
et Messieurs./.
(Source
: site Internet du Premier
ministre)