DISCOURS DU PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE, M.
NICOLAS SARKOZY,
SUR LA DEFENSE ET LA
SECURITE NATIONALE
(Paris,
17 juin 2008)
Monsieur
le Premier ministre,
Madame et Messieurs
les Ministres,
Monsieur le Président
du Sénat,
Monsieur le Président
de l'Assemblée
nationale,
Mesdames et Messieurs,
Aujourd'hui,
je suis venu vous parler
de la France et de la
sécurité
des Français.
Il n'y a pas de liberté,
il n'y a pas d'égalité,
il n'y a pas de fraternité
sans sécurité.
Je
veux parler de sécurité
aux Français,
en leur tenant un discours
de vérité.
Je
veux parler de la sécurité
à ceux qui s'y
consacrent sans compter,
en particulier aux militaires
et aux forces de sécurité
intérieure et
de sécurité
civile. On doit pouvoir
leur en parler sans
qu'ils redoutent une
remise en cause de leur
engagement.
Je
veux m'adresser également
à nos partenaires
en Europe, je veux m'adresser
à nos Alliés,
je veux leur dire comment
la France entend participer
à notre sécurité
commune. Au fond, je
souhaite parler à
toutes les nations,
et leur dire quel sera
désormais l'engagement
de la France pour le
maintien de la paix.
A
tous, je veux adresser
un message simple :
la France veut la paix,
la France veut la sécurité.
Pour elle-même
et pour le monde.
Je
veux vous dire, et dire
à tous les Français,
que la politique de
défense et de
sécurité
de la France est à
la croisée des
chemins.
Nous
devons aborder avec
lucidité, avec
sang-froid, les enjeux
de sécurité
de ce début de
XXIème siècle.
***
Notre
première ambition,
c'est que le monde qui
vient soit un monde
meilleur.
Un
monde meilleur c'est
un monde où il
y a de la liberté,
de la démocratie
et le respect des Droits
de l'Homme.
Un
monde où la responsabilité
l'emporte sur l'égoïsme.
Un monde où le
dialogue et l'ouverture
aux autres auraient
vaincu le radicalisme
et l'enfermement dans
des idéologies
de haine et d'exclusion.
Un
monde qui trouverait,
par la coopération
et le dialogue, des
solutions viables aux
défis globaux
du changement climatique,
des grandes pandémies,
de l'accès à
l'eau et aujourd'hui
de l'accès aux
matières premières.
Un
monde où chaque
homme et chaque femme
pourrait accéder
dans son pays à
une vie décente,
à l'éducation
et à la santé.
Une
communauté internationale,
enfin, qui se rassemblerait
autour d'institutions
multilatérales
solides, représentatives
des réalités
d'aujourd'hui, à
commencer par le Conseil
de Sécurité
et le G8 qui doivent
être élargis
à de nouveaux
membres.
J'en
ai la conviction, c'est
la vocation de la France
de porter cet idéal
de paix et de liberté.
C'est la vocation de
l'Europe de l'incarner
dans le monde actuel.
Car
l'Europe, quels que
soient les aléas
institutionnels, a surmonté
ses divisions, ses affrontements
historiques, pour créer,
par une union toujours
plus étroite,
un modèle unique
de coopération
entre les Nations. Notre
Europe démontre
au monde entier qu'entre
des peuples qui se sont
tant combattus, on peut
construire un destin
commun de paix et de
prospérité.
Ce n'est pas facile
mais c'est quand même
plus facile que ce que
le continent, notre
continent a connu avant
l'Union européenne
et, franchement, ceux
qui vivaient avant l'Union
européenne seraient
bien amusés de
nous voir si préoccupés
par les débats
institutionnels qui
sont les nôtres,
eux qui ont eu à
vivre des affrontements
meurtriers et moyenâgeux.
***
Chaque
époque historique
a un esprit. L'esprit
du XXIème siècle,
c'est la mondialisation.
Prendre notre place
dans ce monde nouveau,
c'est notre premier
objectif.
Nous
avons tout pour y figurer
au premier rang. Le
dynamisme de notre population.
Notre vitalité
démographique.
La puissance de notre
industrie. L'excellence
de nos technologies.
La qualité de
nos infrastructures.
La richesse de notre
patrimoine. Les enseignements
de notre histoire.
Nous
avons le devoir d'y
figurer au premier rang.
Nous sommes membre permanent
du Conseil de sécurité
de l'ONU, nous portons
une responsabilité
particulière
pour le maintien de
la paix et de la sécurité
internationale. Etre
membre permanent, ce
n'est ni un statut,
ni un privilège.
C'est une mission au
service du monde. J'ajoute
que les pays qui souhaitent
exercer ces responsabilités
doivent aussi comme
nous être prêts
à en payer le
prix du sang. J'entends
que la France soit capable
d'assumer cette responsabilité
et de s'engager pour
mettre en œuvre
les principes de la
Charte et la responsabilité
de protéger.
C'est ce qu'elle a fait
encore cette année
au Tchad, en prenant
l'initiative, cher Bernard
Kouchner, du déploiement
de l'EUFOR. Et si la
France n'avait pas été
là, qui aurait
fait à notre
place ? C'est ce que
nous faisons en Afghanistan
avec le renforcement
de notre contingent,
dans le cadre des mandats
de l'ONU.
Mais
c'est l'incertitude
qui est la marque du
monde actuel. L'incertitude
est fille de la mondialisation.
L'incertitude est donc
le fondement d'une nouvelle
stratégie pour
la France. Cette stratégie
reposera sur la capacité
d'anticipation et l'autonomie
de décision.
D'ailleurs, le Premier
ministre le sait parfaitement
sans capacité
d'anticipation quelle
est l'autonomie de décision
? Nulle.
La
mondialisation a permis
de formidables progrès
: de plus en plus de
peuples connaissent
la démocratie,
des dizaines de millions
d'êtres humains
sont sortis du dénuement,
l'information et les
connaissances se diffusent.
Mais
la mondialisation n'a
éliminé
ni les dangers, ni la
guerre. Le monde est
confronté au
terrorisme de masse,
aux tensions qui naissent
de la course aux matières
premières, à
des risques naturels
et technologiques croissants.
L'Asie
a connu un développement
économique sans
précédent.
L'Asie est devenue un
nouveau centre de gravité
stratégique.
Des facteurs de risque
y persistent. L'Europe
a un intérêt
fondamental à
la sécurité
de la principale zone
de croissance du monde.
Aux
portes de l'Europe,
dans la zone qui va
de l'ouest africain
jusqu'à l'Asie,
en passant par la Méditerranée
et la région
du Golfe, les facteurs
d'instabilité
et de violence sont
nombreux : revendications
identitaires, radicalisations,
conflits ouverts ou
latents, terrorisme
et même prolifération.
En
Afrique, notre plus
proche voisin, des tensions
perdurent, prospérant
sur des carences de
la gouvernance, sur
la pauvreté,
le sous-développement,
les trafics. Là
aussi, des groupes terroristes
s'implantent et instrumentalisent
des situations pour
favoriser quoi ? Leurs
objectifs criminels.
En
Europe, nos frontières
terrestres et maritimes
ne sont plus sûres.
Et la Russie est revenue
à une politique
d'affirmation de sa
puissance. Ce n'est
insulter personne que
de le dire.
Dans
ce monde qui change,
où émergent
de nouvelles puissances
économiques et
militaires, le poids
démographique
et économique
de l'Occident décroît
mécaniquement.
Nous conservons des
atouts considérables,
grâce à
notre dynamisme et à
notre technologie.
Depuis
15 ans, la France n'est
plus menacée
d'invasion. Les menaces
ont changé de
nature, elles sont diverses,
mouvantes. Elles nous
semblent lointaines,
mais, ne nous y trompons
pas, notre territoire
national comme le territoire
européen peut
être frappé
demain. C'est à
ces menaces que la France,
le peuple français,
doivent être préparés.
Nous
ne pouvons exclure la
réapparition
d'une menace majeure,
de quelque nature qu'elle
soit, qui mettrait en
péril la survie
même de la Nation.
Alors
aujourd'hui, la menace
immédiate est
celle d'une attaque
terroriste. Grâce
à l'efficacité
de l'ensemble de nos
forces de sécurité,
la France n'a pas été
atteinte au cours de
ces dernières
années. Mais
la menace est là,
réelle, et nous
savons que cette menace
peut prendre demain
une forme nouvelle,
encore plus grave, avec
des moyens radiologiques,
chimiques et biologiques.
La
prolifération
continue de se développer.
Un nombre croissant
de pays vont disposer
de missiles balistiques
dont il faut bien dire
que la portée
s'allonge, jusqu'à
atteindre plusieurs
milliers de kilomètres,
jusqu'à pouvoir
frapper l'Europe.
Le
risque d'attaques informatiques
qui pourraient paralyser
la Nation, n'est déjà
plus une simple hypothèse
: la France et plusieurs
pays européens
en ont été
des victimes récentes.
Enfin,
les systèmes
spatiaux eux-mêmes
ne sont plus invulnérables.
Or ils sont essentiels
à nos sociétés
développées.
***
Face
à ces menaces,
la séparation
entre sécurité
intérieure et
sécurité
extérieure s'efface.
Il est urgent pour la
France d'en tenir compte.
C'est la raison pour
laquelle le Livre blanc
définit une nouvelle
stratégie de
sécurité
nationale. C'est la
raison pour laquelle
avec le Premier ministre,
nous avons décidé
la création d'un
nouveau Conseil de défense
et de sécurité
nationale que je présiderai,
qui sera le lieu de
débat et de décision
du gouvernement pour
mettre en œuvre
cette stratégie.
Il pourra s'appuyer
sur les analyses d'un
Conseil consultatif
de défense et
de sécurité
nationale, composé
de personnalités
qualifiées.
Bien
sûr, il est très
difficile de se mobiliser
pour des dangers qui
ne se sont pas encore
matérialisés.
Mais la défense
de la France se joue
désormais tout
autant à l'intérieur
de son territoire qu'à
des milliers de kilomètres.
La solution n'est pas
de fermer les yeux sur
nos vulnérabilités,
mais, au contraire,
de les regarder bien
en face pour pouvoir
les réduire.
Nous devons accroître
la résilience
du pays, c'est-à-dire
sa capacité à
retrouver rapidement
un fonctionnement acceptable,
sinon normal, face à
une crise majeure.
***
Pour
relever ces défis,
nous ne devons pas hésiter
à remettre en
cause nos certitudes
et nos habitudes, c'est
ce qu'il y a de plus
difficile à faire
en France.
Les
Français ont
confiance dans leur
armée et les
Français ont
confiance dans les forces
de sécurité,
ils ont raison, car
les hommes et les femmes
qui les composent ont
un dévouement
sans faille. Mais les
Français observent
le monde qui change
autour d'eux, et dans
le fond, les Français
ne savent pas vraiment
ce qui est fait pour
les protéger
et pour défendre
leurs valeurs.
Les
militaires sont motivés
par leurs missions,
les militaires sont
fiers, à juste
titre, de la confiance
de leurs compatriotes.
Pourtant, chaque jour,
ils constatent les difficultés
auxquelles ils sont
confrontés. On
va parler clair : la
disponibilité
des matériels
ou le renouvellement
des équipements
majeurs. Il n'y a pas
un militaire qui ne
se pose pas des questions.
Ils ne comprennent pas
que l'effort considérable,
car il est considérable,
fait ces dernières
années pour redresser
le budget de la défense
ne se traduise pas rapidement
dans leur quotidien.
J'ai bien conscience
qu'il y a un décalage
entre les masses de
crédits immenses
dont on entend parler
et la réalité
de ce que voient nos
militaires sur le terrain.
Les
forces de sécurité
savent que leurs missions
vont bien au-delà
de la garantie de la
sécurité
quotidienne des Français.
Elles sont conscientes
qu'elles jouent un rôle
fondamental dans la
sécurité
de la Nation. Elles
le voient au quotidien
quand elles participent
à des exercices
de crise, ou quand elles
participent au plan
Vigipirate. Mais les
forces de sécurité,
et même les armées,
savent-elles vraiment
ce que la Nation attendrait
d'elles, si elle venait
à subir une crise
de très grande
ampleur sur le territoire
?
Tous
savent que dans un monde
marqué par l'incertitude
stratégique,
la France doit changer
pour rester elle-même.
J'ai un devoir, en tant
que chef des armées,
c'est de dire à
chacun la vérité,
en tout cas, telle que
nous l'avons analysée.
Pour
construire l'armée
professionnelle, la
France a consenti un
effort important, mais
elle a aussi rencontré
des difficultés
indéniables qu'il
n'est pas possible de
résoudre simplement
en ajoutant des crédits.
Malgré les efforts
récents, notre
planification de sécurité,
dans la perspective
de crises majeures,
n'est pas à la
hauteur, ni de l'attente
des militaires, ni de
l'attente des Français.
Ces
difficultés,
je le dis comme je le
pense, ne doivent plus
être "secret
défense".
Ces tabous, je veux
les lever. Ces défis,
nous allons les relever.
En disant où
nous en sommes vraiment,
et où nous devons
aller, au fond je veux
rendre son sens à
l'action collective,
qui est une valeur fondamentale
de toute la communauté
de défense et
de sécurité.
D'abord pour qu'il y
ait de la confiance,
il faut qu'il y ait
de la vérité.
C'est la clé.
Pour
assurer la sécurité
de nos enfants, la communauté
nationale et la communauté
de la défense
et de la sécurité
doivent se mobiliser,
ensemble.
Je
pense aujourd'hui à
nos enfants, et aux
enfants de nos enfants.
Il ne faut pas qu'un
jour, ils nous reprochent
d'avoir renoncé
aux ambitions et au
rang de la France. Car
le rang de la France,
c'est l'héritage
que nous tenons de nos
pères. Nous avons
le devoir de le transmettre
aux générations
futures. Le problème,
c'est que les difficultés,
on les a au moment pour
la décision,
les avantages, on les
a très longtemps
après.
Mais
si nous laissons à
nos enfants, une montagne
de dettes, ils pourront
tout autant nous demander
des comptes. L'indépendance
d'un pays, c'est aussi
son indépendance
financière, et
nous savons tous qu'il
n'est pas bon pour le
pays de dépenser
chaque année
plus que la totalité
du budget de la défense
simplement pour payer
les intérêts
de la dette. Ce n'est
quand même pas
moi qui invente cette
situation. C'est une
vérité,
elle n'est pas bonne
à entendre. Mais
c'est une bonne vérité.
Et je n'ai pas l'intention
de la masquer et les
militaires sont des
citoyens. Ils doivent
aussi connaître
le contexte dans lequel
les responsables premiers
d'un pays prennent leurs
responsabilités.
Un budget de la défense
pour payer les intérêts
de la dette, ce n'est
pas de l'indépendance
financière. Et
ce n'est pas de l'indépendance
tout court.
***
Les
enjeux sont immenses.
En tant que chef des
armées, j'en
suis conscient. Je le
dis aujourd'hui : la
France restera une grande
puissance, une grande
puissance diplomatique,
Monsieur le ministre
des Affaires étrangères,
et une grande puissance
militaire, Monsieur
le ministre de la Défense,
je m'y engage. Avec
le Premier ministre,
ce ne sont pas des choix
que nous faisons à
la légère.
Je sais que l'on m'a
reproché de m'exprimer
sur ces questions un
peu tard. Pour analyser
la situation, il faut
un peu de temps, surtout
pour prendre les décisions
que je vais annoncer.
Je
m'engage à ce
que la France soit une
grande puissance diplomatique,
une grande puissance
militaire, devant les
Français.
Je
m'y engage vis-à-vis
de chacun d'entre vous,
vous qui avez fait de
cette ambition une vocation.
Je
m'y engage vis-à-vis
de nos Alliés
et de l'Europe, parce
que l'Europe et nos
Alliés attendent
de savoir ce que nous
allons faire. Nous ne
sommes pas seuls.
Comme
vous, j'entends les
déclinistes et
les pessimistes. Ils
annoncent que le Livre
blanc donnerait le signal
du déclassement
militaire de la France.
Moi,
je retourne la question.
Où est-il, le
déclassement
militaire de la France
? Dans la capacité
à projeter une
force de 30.000 hommes,
partout dans le monde
? Alors on n'a pas la
même conception
du déclassement.
Ou dans le constat que
notre armée d'aujourd'hui
n'a qu'un char Leclerc
sur deux en état
de fonctionner ? Cela,
c'est du déclassement
militaire.
Pensez-vous
qu'il réside
dans l'affichage complaisant
d'un modèle d'armée
doux aux oreilles, mais
dont on sait qu'il ne
sera pas financé
? Ou dans la vérité
et la cohérence
des ambitions et des
moyens ? Je ne serai
pas l'homme qui mentira
à la communauté
militaire et à
la communauté
de défense. Ni
à personne d'ailleurs.
La
vérité
c'est que nous devons
arrêter de maintenir
à bout de bras
certains des matériels
dont vous vous servez
tous les jours : des
avions ravitailleurs
qui ont 45 ans, des
blindés légers
qui ont 28 ans, des
hélicoptères
Puma qui ont 30 ans.
Alors il faut investir
davantage dans les équipements.
Et pour cela, il faut
faire des choix.
La
vérité
c'est qu'il faut arrêter
de croire que notre
armée se mesure
à la hauteur
de ses seuls effectifs.
Il faut une armée
équipée,
entraînée,
modernisée. Dans
le contexte financier
dont j'ai parlé,
il faut faire des choix
et il faut regarder
la situation telle qu'elle
est.
J'entends
dire "l'objectif
d'économies l'a
emporté sur les
ambitions militaires".
C'est quand même
extraordinaire ! C'est
exactement l'inverse,
ce que nous avons fait,
avec le Premier ministre
et le gouvernement :
ce sont précisément
les économies
qui permettront de réaliser
les ambitions militaires
qui correspondent à
notre stratégie.
C'est le bon usage de
l'argent public qui
permettra de renforcer
nos capacités
opérationnelles.
C'est
là tout le sens
de mes décisions
et ce ne sont que des
décisions de
bon sens. On ne construit
pas une défense
pour elle-même,
on la construit pour
répondre à
une stratégie
et à des besoins.
Et ils évoluent
en permanence. C'est
ce que nous faisons
aujourd'hui : adapter
notre défense
à la réalité
ou à la probabilité
des menaces pour les
15 ans à venir
et trouver les marges
financières pour
lui garantir les équipements
dont elle a besoin.
Plus facile à
dire qu'à faire,
j'y viens.
C'est
pourquoi, je m'engage
à consacrer 377
milliards d'euros d'ici
2020 à nos armées
dont 200 milliards d'euros
pour les équipements.
Que l'on m'entende bien,
le budget de la défense
ne baissera pas, l'inflation
sera compensée,
et le budget progressera
dès 2012, donc
pendant mon mandat.
Car
il y a une cohérence
dans tout cela. Toutes
les réformes
se tiennent. Elles visent,
comme je m'y suis engagé,
à revenir au
plein emploi et à
augmenter le potentiel
de croissance et d'innovation
de notre économie.
Toutes les réformes
que nous avons lancées,
et pas seulement celle
de la défense,
permettront de nous
recréer des marges
de manœuvre qui,
en retour, bénéficieront
aux missions prioritaires
du pays. Sur ces objectifs,
je m'engage aujourd'hui,
avec François
Fillon, vis-à-vis
de vous et vis-à-vis
de tous les Français.
Les
réformes que
nous avons confiées
à Hervé
Morin, c'est 3 milliards
d'euros de plus par
an pour l'équipement
des forces armées.
C'est quelque chose,
quand même, 3
milliards d'euros par
an dans le contexte
actuel. C'est une hausse
de près de 20%
des crédits d'équipement.
On en a besoin et ce
n'est pas du luxe.
C'est
pour cela que ces réformes
il faut les faire ;
parce qu'on va réinvestir
dans la défense
tout ce que l'on aura
économisé.
Dans les matériels,
mais aussi dans l'entraînement
et dans la condition
militaire. Le Premier
ministre et moi, allons
inscrire ce principe
dans la loi de programmation
militaire.
Pour
m'engager auprès
de vous, j'ai demandé
au ministère
de la Défense
et au ministère
des Finances qu'ils
se mettent d'accord
sur les moyens à
accorder à la
défense. Je dois
d'ailleurs, cher François,
rendre hommage à
nos deux ministres,
pour le travail en commun
qui a été
engagé.
C'est
avec cela que nos fantassins
pourront s'engager à
moindre risque dans
des opérations
en zone urbaine.
C'est
avec cela que nos forces
auront enfin une vraie
mobilité stratégique
et tactique.
C'est
avec cela que nous resterons
dans le peloton de tête
des armées qui
comptent.
Ma
responsabilité,
c'est qu'à chaque
fois que nous décidons
d'envoyer un soldat
français en opération,
il ait l'entraînement,
les équipements
et l'environnement nécessaires
à sa mission,
pas de façon
théorique, de
façon réelle.
Je
sais que chacun d'entre
vous espère servir
dans une telle armée.
Je sais que les Français
espèrent tous
être défendus
par une telle armée.
Nous allons la construire.
Pour
atteindre ces objectifs,
les armées vont
poursuivre leur modernisation,
qu'elles ont entamée
en 1996 avec la professionnalisation
qui était une
bonne décision.
C'était une étape
capitale de la transformation
de notre défense,
c'était aussi
une décision
courageuse, un défi
colossal, et une ambition
collective portée
par l'ensemble des armées
et vous avez rempli
cette tâche comme
peu de corps sociaux
auraient été
capables de la remplir.
Mais
il faut revoir maintenant
l'organisation de nos
soutiens. Il faut concentrer
les implantations. Il
faut ramener les effectifs
au niveau des objectifs
opérationnels.
D'ici 6 à 7 ans,
le format global des
armées, civils
et militaires compris,
sera de 225.000 hommes.
L'armée de terre
comptera 131.000 hommes,
l'armée de l'air
50.000 hommes et la
marine 44.000. Je sais,
je l'assume, c'est une
baisse substantielle
des effectifs. Elle
portera avant tout sur
les soutiens et l'administration,
ce qu'on dit souvent
et qu'on fait si rarement.
En
même temps, des
mesures d'accompagnement
seront mises en œuvre.
Nous allons être
inventifs pour compenser
la fermeture ou le transfert
des implantations militaires
; les territoires les
plus fragiles seront
accompagnés,
j'en prends l'engagement.
Les deux volets de ces
mesures vous seront
bientôt présentés.
Mais que les choses
soient claires, dans
mon esprit, l'armée,
cela assure la sécurité
de la nation, pas l'aménagement
du territoire. Et les
militaires n'y sont
pour rien si les décisions
politiques n'ont pas
été prises.
Je sais parfaitement
qu'avec le Premier ministre
et le ministre de la
Défense, nous
serons confrontés
à des manifestations
et à des protestations.
Mais qu'est-ce que l'on
veut, une armée
qui fait de l'aménagement
du territoire et qui
n'est pas opérationnelle
ou une armée
opérationnelle
qui assure la sécurité
des Français
et une politique gouvernementale,
cher Hubert Falco, au
service de l'aménagement
du territoire ? Il faut
choisir et ce débat
là chacun sait
que cela fait des décennies
que nous le connaissons.
Eh bien aujourd'hui,
nous le tranchons. Et
je le tranche et je
l'assume.
***
Grâce
au travail acharné
de tous ceux qui ont
contribué à
le rédiger, et
auxquels je tiens à
rendre un hommage appuyé,
et à adresser,
cher François,
nos remerciements sincères,
le Livre blanc trace
ainsi la voie pour dégager
les marges financières
qui nous faisaient tant
défaut.
Mais
il va bien au-delà.
En s'appuyant sur la
réalité
des menaces et des défis
du XXIème siècle,
il nous donne les clés
pour de vrais choix
stratégiques,
pour fixer les priorités,
pour hiérarchiser
nos efforts, pour organiser
dans le temps la transformation
de nos armées
et de nos forces de
sécurité.
Notre
effort de défense
et de sécurité
nationale s'appuiera
désormais sur
cinq grandes fonctions
stratégiques.
Elles sont autant d'objectifs
majeurs fixés
aussi bien aux forces
qu'aux administrations.
Premièrement.
La France doit avoir
une vraie autonomie
d'appréciation
et de décision.
C'est en connaissant,
par nous-mêmes,
les réalités
du monde, c'est en anticipant
les crises, que nous
garantirons notre indépendance
et la sécurité
des Français.
La
fonction "connaissance
et anticipation"
sera prioritaire. J'ai
décidé
d'un effort massif,
massif, d'investissement
sur le renseignement,
notamment d'origine
spatiale, et qui bénéficiera
aussi bien aux chefs
militaires qu'aux décideurs
politiques.
Nos
services de renseignement
doivent être efficaces,
mieux coordonnés,
agir dans le respect
des valeurs républicaines.
Pour cela, nous avons
souhaité le regroupement
des services du renseignement
du ministère
de l'Intérieur
au sein de la nouvelle
direction centrale du
renseignement intérieur.
Bravo pour cette réforme.
Et c'est dans le même
esprit que j'ai décidé
d'instaurer à
la présidence
de la République
la fonction de coordonnateur
du renseignement. Il
orientera les services
et assurera la cohérence
de leur action.
Deuxième
mission. La dissuasion
est un fondement essentiel
de notre stratégie.
Je me suis exprimé
à ce sujet à
Cherbourg, le 21 mars
dernier. Certains nous
disent que la dissuasion
nucléaire n'est
pas adaptée au
XXIème siècle.
Je n'en crois rien.
D'abord, parce qu'elle
est l'assurance-vie
de la nation dans un
monde incertain. Ensuite,
parce qu'elle garantit
notre indépendance
et notre liberté
d'action face à
toute menace ou tout
chantage contre nos
intérêts
vitaux. J'entends donc
que la France dispose
de telles capacités
aussi longtemps que
les armes nucléaires
seront nécessaires
à notre sécurité.
Troisièmement.
L'Europe et la France
sont aujourd'hui plus
exposées. La
fonction de "protection"
des populations et du
territoire doit donc
être érigée
en priorité.
Nous
devons nous prémunir
contre toute crise majeure
sur le territoire national,
qu'elle soit intentionnelle
ou non. C'est la raison
pour laquelle nous devons
nous doter d'un système
d'alerte et d'information
des populations. C'est
la raison pour laquelle
vous devez disposer
d'équipements
de protection contre
les risques nucléaires,
radiologiques, biologiques,
chimiques. C'est la
raison pour laquelle
nous devons développer
des moyens de détection
et d'alerte avancée
des tirs de missiles
balistiques.
Face
aux attaques informatiques,
j'ai décidé
de doter, pour la première
fois, la France de capacités
défensives et
offensives, qui concerneront
aussi bien toutes les
administrations que
les services spécialisés
et les armées.
Cette
stratégie de
protection doit conduire
à une réorganisation
de nos efforts et de
nos moyens, à
une plus grande coordination
entre les différentes
forces, entre les civils
et militaires, entre
l'Etat et les collectivités
locales, entre l'Etat
et les entreprises,
entre les pouvoirs publics
et les médias,
en temps de crise bien
sûr. S'agissant
des forces de sécurité,
la stratégie
de sécurité
nationale exigera un
effort qui sera intégré
dans la future LOPPSI.
L'organisation
de la planification
et de la gestion de
crise sur le territoire
sera revue. J'ai demandé
au ministre de l'Intérieur
de repenser l'organisation
de son ministère
à cette fin.
La réaction face
aux crises sera organisée
en associant préfets,
policiers, gendarmes,
sapeurs-pompiers et
les armées. Au
niveau territorial,
les préfets de
zones de défense
et de sécurité
coordonneront l'action
de l'Etat. Je sais que
Michèle Alliot-Marie
saura mobiliser son
administration vers
cet objectif qui est
majeur.
Quatrièmement.
Les capacités
d'intervention de la
France seront très
importantes. Franchement,
être capable de
projeter 30 000 hommes,
70 avions de combat,
1 groupe aéronaval
et 2 groupes maritimes
ce n'est pas franchement
un déclassement
militaire. Qui, aujourd'hui,
a l'ambition d'avoir
une capacité
de ce niveau, d'être
capable d'entrer en
premier sur un théâtre
d'opération,
d'y assumer la responsabilité
d'être nation-cadre,
c'est-à-dire
de fédérer
une coalition autour
de ses capacités
de commandement ? Ouvrons
les yeux, ces pays ne
sont pas nombreux comme
on le voit à
chaque fois qu'il faut
trouver une nation-cadre.
Et
puis je crois qu'il
faut regarder le monde
tel qu'il est : sans
paranoïa, et sans
excès d'angélisme.
Projeter 30.000 hommes,
c'est déjà
accepter le principe
que notre pays pourrait
s'engager dans une guerre,
car avec 30.000 hommes
c'est bien une guerre
dont il s'agit. Ces
capacités devront
être adaptées,
de façon à
pouvoir agir sur l'arc
stratégique prioritaire
pour la défense
des intérêts
de la France. Cet arc
stratégique,
nous l'avons analysé,
c'est de l'Atlantique
à l'Océan
Indien.
Cinquièmement.
Etre capable de faire
des choix, c'est aussi
admettre une forte inflexion
dans les modalités
de notre contribution
à la prévention
des crises.
Nous
devons adapter nos moyens
pré-positionnés.
Je n'hésite pas
d'employer le mot, les
recentrer vers nos zones
d'intérêts
stratégiques,
notamment sur l'axe
stratégique que
j'ai évoqué.