SOMMET DU G8
CONFERENCE DE PRESSE
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY
(Toyako,
8 juillet 2008)
Mesdames
et Messieurs,
Ce
sommet approche de sa
fin. C'est donc l'heure
d'un premier bilan.
Je crois que l'on peut
d'ores et déjà
se satisfaire d'un certain
nombre d'acquis, avant
même nos échanges
de ce soir. Si vous
avez des questions,
je vous dirais un mot
de notre dialogue de
demain avec les grands
pays émergents.
Premier
acquis : s'agissant
de l'évolution
du G8, vous connaissez
ma volonté d'adapter
le G8 aux réalités
du XXIème siècle.
Le G8 a été
organisé en G5
puis G6, puis en G7,
puis G8 à la
suite de deux événements
majeurs : les premiers
chocs pétroliers
des années 70
et les déséquilibres
monétaires de
la même période.
C'est une structure
du 20ème siècle.
Nous sommes au XXIème
siècle et je
considère qu'il
n'est pas raisonnable
de vouloir traiter les
grandes questions du
monde sans y associer
un pays africain, un
pays sud-américain,
l'Inde, la Chine et
même un pays arabe
qui reste d'ailleurs
à déterminer.
Plusieurs
formules sont possibles.
Ces idées progressent,
nous avons beaucoup
échangé
sur le sujet. Le prochain
G8 sera sous présidence
italienne. Nous avons
parlé de son
ordre du jour et le
président du
Conseil italien nous
a proposé un
ordre du jour qui a
été accepté
par tout le monde. La
première journée
du prochain G8 sera
consacrée au
G8, la deuxième
journée au G13
et la troisième
journée à
un dialogue entre le
G13 et les pays africains
et, au terme de ces
trois jours, le G8 fera
une déclaration
finale. Ce sera l'architecture
du prochain G8.
Vous
voyez que les choses
avancent et qu'à
la suite du processus
très bien engagé
par nos amis à
Heiligendamm, la place
du G13 se fera - et
c'est souhaitable -
de plus en plus importante.
Nous
avons, par ailleurs,
parlé des problèmes
du moment. Ces problèmes
concernent d'abord l'environnement
et le changement climatique.
Vous savez que la Présidence
française de
l'Union européenne
en a fait sa priorité,
que la France a organisé
le Grenelle de l'environnement.
Je voulais qu'ici, le
G8 aille plus loin qu'à
Heiligendamm sur l'objectif
de long terme de réduction
d'au moins 50 % des
émissions de
gaz à effet de
serre d'ici 2050. Je
ne dis pas que c'est
parce qu'on fixe un
objectif qu'on le tient.
Mais convenons que,
si on ne fixe pas d'objectif,
on n'a aucune chance
de le tenir. Cela avait
été une
fameuse question à
Heiligendamm où,
jusqu'au dernier moment,
nous avions négocié,
notamment avec nos amis
américains qui
avaient fini par accepter
l'expression : "considère
sérieusement".
Il y a un progrès
qui est important puisque
tout le monde, notamment
les Canadiens et les
Américains, est
d'accord sur : "considéré
sérieusement
et adopté".
Donc, nous sommes passés
à un niveau contraignant
s'agissant des objectifs
du G8.
Bien
sûr, nous aurons
demain la réunion
G8+5+3 sur le changement
climatique. C'est un
véritable progrès
: c'est la première
fois que pays développés
et pays émergents
adopteront un texte
commun car nous essayons
de leur faire adopter
le même texte
que celui que nous avons
adopté. Alors,
naturellement, on est
toujours dans le processus
des Nations unies, toujours
avec l'objectif d'obtenir,
pour Copenhague, en
2009, un accord. Mais
vous voyez comment on
fait les choses. L'Europe,
c'est l'adoption de
la directive climat-énergie
de la Commission et
j'en ai fait une priorité
de la Présidence
française, c'est
très difficile
mais voilà ce
que l'on va essayer
de faire dans les six
mois. Le G8 doit donner
l'exemple comme l'Europe
donne l'exemple, donc
on progresse encore
par rapport à
Heiligendamm avec le
refus total de nos amis
américains de
s'engager sur un objectif.
Ici, au Japon, on adopte
tous cet objectif et,
demain, on va essayer
de le faire accepter
par les grands pays
émergents. Vous
voyez que cela progresse,
mais cela progresse
pour obtenir un résultat
sur ce que l'on appelle
l'après-Kyoto
et qui est Copenhague
2009. Voilà comment
on peut résumer
même s'il y a
d'autres éléments
plus techniques. C'est
simplement pour présenter
les choses.
S'agissant
de l'énergie
et de l'économie
mondiale, on a eu une
discussion très
approfondie sur les
déséquilibres
monétaires qui
perturbent l'économie
mondiale, qui ont des
effets sur les prix
de l'énergie
et des matières
premières. Je
dois dire que c'est
plutôt une bonne
nouvelle. Il y a une
convergence des analyses
que je n'avais jamais
vue, en tout cas depuis
que je suis président
de la République,
puisque c'est maintenant
la quasi-unanimité
de l'Europe dont l'Allemagne,
qui considère
que le niveau de l'euro
est un problème.
Comprenez le niveau
de l'euro vers le haut.
Les Américains,
et le président
Bush l'a dit très
clairement, considèrent
que la faiblesse du
dollar est un problème.
Tous, autour de la table,
nous considérons
également que
le niveau du yuan est
un problème.
Peut-être que
cela ne vous paraît
pas spectaculaire mais
il y a maintenant une
analyse absolument convergente
sur les dégâts
économiques que
peuvent constituer ces
déséquilibres
monétaires et
sur la nature de ces
déséquilibres
monétaires :
un dollar trop bas,
un yuan trop bas et
un euro trop élevé.
C'est
vraiment une analyse
qui est partagée
par tout le monde. A
la suite de ce G8, je
souhaite que les ministres
des Finances et les
banquiers centraux mènent
des consultations avec
les pays émergents,
en particulier la Chine,
pour que les taux de
change de leur monnaie
correspondent aux réalités
économiques.
Donc, au point de vue
de l'analyse et de la
convergence, tout le
monde est bien d'accord.
Il y a même eu
une discussion assez
approfondie sur les
différences du
niveau des taux d'intérêt,
chacun disant que c'était
préoccupant de
voir, entre les deux
côtés de
l'Atlantique, qu'il
y en a deux, l'un à
2 et l'autre à
4,5 avec les risques
que cela peut entraîner
sur les déséquilibres
monétaires.
S'agissant
de l'énergie,
là aussi, on
a eu une discussion
extrêmement approfondie
et je sens l'alternative
nucléaire monter
très fortement.
Vous savez que pour
la France c'est un choix
très ancien.
L'Angleterre veut vraiment
y aller fortement, l'Italie
y est intéressée,
les Etats-Unis aussi
et Mme Merkel, à
titre personnel, y est
d'ailleurs favorable.
J'ai proposé
l'organisation d'un
forum sur l'énergie,
à la fois l'énergie
nucléaire et
les énergies
renouvelables pour que
l'on mette en commun
nos découvertes,
pour que l'on utilise
les meilleures pratiques,
éventuellement
même pour que
l'on se répartisse
les filières
pour investir ensemble.
Cette idée a
été acceptée
par la totalité
du G8 et nos amis japonais
se sont proposés
pour organiser ce forum
avant la fin de leur
présidence. D'ailleurs,
c'est complémentaire
avec les idées
de Gordon Brown sur
la rencontre entre pays
producteurs et pays
consommateurs à
la suite de Djeddah.
Il
y aura, avant la fin
de l'année au
Japon, une rencontre
sur la question de l'énergie,
chacun étant
bien conscient qu'il
faut aller plus vite
sur les économies
d'énergie, plus
vite dans le développement
des nouvelles générations
de centrales nucléaires
- ce qui, naturellement,
arrange la France qui,
avec l'EPR, est bien
placée - et plus
vite dans le développement
des énergies
renouvelables.
On
a, bien sûr, parlé
du développement
de l'Afrique. Nous avons
réaffirmé
les engagements pris
à Gleneagles
en 2005 : 50 milliards
de plus par an pour
l'aide d'ici à
2010 dont 25 milliards
pour l'Afrique, l'accès
universel au traitement
des grandes pandémies
d'ici 2010. Nous avons
réaffirmé
l'engagement de 60 milliards
de dollars pour la santé
et vous savez que la
France en avait fait
une priorité.
Je peux vous dire que,
rien que sur la santé,
nous dépenserons
en 2008 un milliard
400 millions de dollars,
c'est-à-dire
un peu plus que les
engagements que nous
avons pris. Nous avons
convenu, plutôt
que de faire de nouvelles
promesses, qu'il fallait
respecter scrupuleusement
les engagements que
nous avions pris.
Et
nous avons eu un certain
nombre de discussions
très approfondies,
notamment sur le Zimbabwe
où nous avons
tous considéré
que la situation est
inacceptable et qu'il
convient que le Conseil
de sécurité
prononce des sanctions,
non pas à l'endroit
de ce pays, d'une population
qui souffre déjà
tellement mais à
l'encontre d'un président
et d'un régime
illégitimes,
y compris nos amis russes,
qui ont indiqué
qu'ils n'étaient
pas opposés sur
le principe.
Nous
travaillons cet après-midi,
avant le dîner
de ce soir, sur la rédaction
d'un texte commun parce
que, naturellement,
il convient qu'en aucun
cas, le G8 ne donne
le sentiment de faire
obstruction au Conseil
de sécurité.
Ce serait pour le moins
curieux. La condamnation
est unanime et elle
est extrêmement
sévère.
Le mot sanction ne fait
peur à personne
autour de la table.
Cela devait être
un sujet de ce soir,
au dîner, mais
il y a tellement de
sujets ce soir qu'on
a décidé
de prendre un peu d'avance
pour en parler.
Je
crois que je n'ai rien
oublié. Bien
sûr, je me livre
à vos questions.
Q
- Sur le plan climatique,
vous avez dit qu'on
a atteint un niveau
contraignant. Est-ce
que cela veut dire que
des sanctions sont éventuellement
envisagées ?
R
- Pas encore.
Franchement, si l'on
regarde sur les trois
dernières années
et les progrès
faits, le niveau contraignant,
c'est 50 % d'émissions
de gaz à effet
de serre en moins d'ici
à 2050. Jusqu'à
présent la position
de nos amis américains
consiste à dire
qu'il fallait faire
confiance aux progrès
scientifiques que la
technologie nous permettrait
de trouver une solution
et que cela ne servait
à rien de fixer
un objectif. Aujourd'hui,
Canada comme Etats-Unis
- le mot anglais c'est
"adoptent",
c'est le même
qu'en français
- adoptent cette objectif.
C'est une grande nouveauté.
Deuxième
nouveauté que
nous allons essayer
de jouer demain, c'est
d'associer le G8+5+3
à l'adoption
du même objectif.
Ce qui serait une première,
puisque jamais nous
avons eu d'objectif
commun avec les pays
émergents. Vous
savez que la politique
des pays émergents
consiste à dire
: "écoutez,
on pollue moins que
vous n'avez pollué
à votre époque,
laissez nous gagner
de la croissance, on
y arrivera". Toute
l'argumentation que
nous avons développée,
c'est que nous sommes
la dernière génération
à pouvoir faire
quelque chose avant
la catastrophe et maintenant,
avec le GIEC, on a des
éléments
scientifiques qui sont
incontestables. J'ajoute
que l'Europe est moteur.
L'Europe
a pris des engagements,
non pas pour 2050, elle
accepte les engagements
de 2050 mais des engagements
pour 2020, qui sont
20 % d'économie
d'énergie, 20
% d'émission
de gaz à effet
de serre de moins et
20 % d'énergies
renouvelables dans notre
paquet énergétique.
On
est dans la prise de
conscience, on est sur
la fixation d'objectifs.
Vous me direz : "oui,
mais il n'y a pas un
tribunal qui peut sanctionner".
Attention, ce n'est
pas le cas en Europe.
Si on arrive à
faire passer la directive,
le paquet énergie-climat,
il y a des processus
de sanction. C'est bien
ce qui rend difficile
l'adoption. Au niveau
mondial, c'est un progrès
considérable
qui a été
obtenu. Sur la composition
du G8, sur le paquet
énergie-climat,
sur l'aide au développement
et sur l'attitude qu'on
doit avoir vis-à-vis
d'un régime honteux
qui est le régime
de M. Mugabe, je trouve
que c'est un G8 qui
a été
utile.
Q
- A propos du nucléaire
iranien, qui est aussi
un sujet de ce G8, comment
évaluez-vous
la teneur de la réponse
iranienne à l'offre
des Six ? Quelles sont
les prochaines étapes
si vous considérez
que la réponse
est non ?
R
- Il y a une
initiative du Groupe
des Six qui sera d'envoyer
M. Solana pour discuter
et voir de façon
approfondie quelle est
la différence
entre l'actuelle - au-delà
des mots - proposition
des Iraniens et celle
que nous avons déjà
sur la table. Et puis,
une fois cette initiative
commune faite autour
de M. Solana, dont on
aura les résultats,
chaque pays, par les
canaux qui seront les
siens, essayera d'en
savoir un peu plus sur
les intentions du régime
iranien. Pour la France,
la politique est claire
: pas d'arme nucléaire
pour l'Iran et, à
partir du moment où
l'Iran accepte les contrôles
transparents, une aide
de façon à
ce que l'Iran, comme
tout pays qui désirait
l'avoir, puisse bénéficier
du nucléaire
civil. C'est une position
constante que j'avais
même affirmée
lors de la campagne
présidentielle
et que je confirme bien
volontiers ici. Après,
c'est compliqué.
Il y a une seule source
de pouvoir en Iran.
Quelle est la sincérité
de la proposition qui
a été
faite ? Tout cela demande
un peu d'expertise et,
si possible, une expertise
en commun.
Q
- Vous ne nous avez
pas parlé de
l'OMC. Je vois que vous
vous félicitez,
dans le communiqué
final, de l'organisation
d'une réunion
ministérielle
le 21 juillet. Est-ce
que vous partagez réellement
cette volonté
? Quelle est votre stratégie
européenne à
la veille de cette réunion
?
R
- Nous avons
parlé de l'OMC
pour dire que le protectionnisme
n'est pas une solution
et j'adhère pleinement
à cette analyse.
Nous en avons parlé
également pour
dire que nous voulions
un accord réciproque
ou équitable
- on peut discuter sur
les mots - mais c'est
bien l'idée.
Cela veut dire que les
grands pays émergents
doivent faire un effort
qu'ils n'ont pas fait
jusqu'à présent.
Il n'y a pas que la
France qui le dit. M.
Harper, au nom du Canada,
qui n'est pas un pays
connu pour refuser le
libre-échange
a clairement dit qu'en
l'état actuel
des choses, il ne pourrait
pas présenter
un accord à son
Parlement. M. Bush pousse
beaucoup pour un accord
mais a également
indiqué qu'en
l'état actuel
des choses, l'accord
n'était pas satisfaisant
puisqu'il n'y avait
pas assez d'efforts
de la part du Brésil,
de l'Argentine et spécialement
de l'Inde et de la Chine.
J'ajoute que j'ai discuté
avec Gordon Brown, en
tête-à-tête,
dans les nombreuses
réunions bilatérales
que nous avons eues.
Il est lui-même
d'accord sur le fait
qu'il convient de faire
pression sur les pays
émergents pour
obtenir un accord.
La
chose est bien claire
: je crois qu'il y a
une majorité
pour considérer
que la proposition qui
est sur la table n'est
pas satisfaisante. Personne
ne dit, autour de la
table, que la proposition
qui est sur la table
est satisfaisante. Il
est vrai que nos partenaires
ont dit qu'il vaudrait
mieux un accord. Je
suis bien d'accord là-dessus.
J'observe simplement
que l'on n'a pas eu
d'accord depuis sept
ans, ce qui n'a pas
empêché,
pendant six ans, la
croissance mondiale
d'être à
un niveau jamais égalé.
Pour qu'il y ait un
accord, il faut que
les pays émergents
fassent un effort. J'étais
très intéressé
de voir que c'était
une position pas simplement
défendue par
la France mais par d'autres
pays et je vous ai cité
des exemples.
Q
- Vous allez recevoir
très bientôt
le président
Bachar Al-Assad, votre
entourage évoque
la perspective d'un
voyage à Damas.
Pouvez-vous nous dire
quand vous irez en Syrie
et surtout à
quelles conditions ?
Ces conditions sont-elles
réunies aujourd'hui
notamment en ce qui
concerne les relations
entre la Syrie et le
Liban ?
R
- D'abord, je
voudrais dire combien
je suis heureux de la
quasi-unanimité
de nos partenaires sur
l'opportunité
d'inviter le président
syrien. La chancelière,
Mme Merkel, qui sera
au Sommet de l'Union
pour la Méditerranée,
m'a indiqué combien
la France a eu raison
d'inviter le président
syrien. La totalité
des dirigeants israéliens,
je veux dire le patron
du Parti socialiste,
M. Barak, la ministre
des Affaires étrangères,
Mme Livni, le Premier
ministre, M. Olmert,
le chef de l'opposition,
M. Netanyahu. Tous m'ont
dit : c'est une chance
d'inviter la Syrie.
Inutile de préciser
que l'invitation de
la Syrie a beaucoup
compté dans la
décision de M.
Bouteflika de venir
et le président
Abu Mazen m'a indiqué
combien il était
heureux de cette invitation.
Partant du principe
que la France veut la
paix, comment la France
peut-elle aider à
la paix si l'un des
protagonistes d'une
situation de non-paix
n'est pas invité
pour que l'on en parle
? J'ajoute également
la présence de
M. Michel Sleimane et
qu'un certain nombre
de décisions
seront annoncées.
Pour des raisons qui
tiennent à la
fois à la diplomatie,
à la courtoisie
et à l'efficacité,
je me réserve
de parler de tout cela
après avoir vu
M. Bachar Al-Assad le
12 juillet, vous le
comprendrez. On travaille
activement, on prépare
activement. Il y aura
un certain nombre de
choses mais je ne souhaite
pas les dévoiler
avant le rendez-vous.
Vous le comprenez bien
sinon ce n'est pas la
peine d'avoir un rendez-vous.
Même nos amis
américains que
nous avons tenu au courant
dans le détail
de tout cela et qui
n'étaient pas
très enthousiastes
à la perspective
d'un dialogue avec les
Syriens ont, aujourd'hui,
convenu que c'était
quelque chose d'utile
notamment avec l'absence
de progrès sur
l'Iran.
Q
- Le président
syrien Bachar Al-Assad
a dit aujourd'hui ou
il vous invite aujourd'hui
à travers Le
Figaro à jouer
un rôle déterminant
dans le processus de
paix syro-israélien.
Est-ce que la France
est en mesure d'accompagner
ce processus ?
R
- Ecoutez, qu'un
pays comme la Syrie
demande à la
France de s'impliquer,
après que l'Autorité
palestinienne ait demandé
à la France de
s'impliquer, après
que les autorités
israéliennes
aient demandé
à la France de
s'impliquer, c'est plutôt
une bonne nouvelle s'agissant
de l'influence de la
France et de son rayonnement.
Si la France et l'Europe,
l'Europe, dont la France,
peuvent jouer un rôle
pour faire avancer la
paix au Proche-Orient,
il faut le faire et
il faut le jouer mais
il y a aussi la question
libanaise derrière
cela. On voit bien qu'avec
le Sommet de l'Union
pour la Méditerranée
dont vous savez l'importance
que je lui accorde,
il y a la Méditerranée
et l'intérieur
de la Méditerranée,
c'est comme un jeu de
poupées russes.
Il y a des sujets qui
sont immenses : les
Israéliens et
les Palestiniens, le
Liban : unité
nationale, gouvernement.
Tous ces sujets-là
feront l'objet d'initiatives.
Je suis très
heureux que l'Europe
prenne sa place dans
une partie du monde
où elle a mis
beaucoup d'argent mais
pas le même investissement
en politique.
Q
- Monsieur le Président,
la France est à
l'origine des pourparlers
entre les Tibétains
et les Chinois. Il y
a eu une dernière
session de pourparlers
ces derniers jours.
Ce sont des pourparlers
qui avaient eu lieu
depuis 2002 et qui ont
été repris
grâce aux efforts
de la France. Le chef
de la délégation
tibétaine faisait
état, il y a
quelques heures, d'une
déception disant
que jamais ses discussions
avec les autorités
chinoises n'avaient
été aussi
difficiles. Donc je
ne vais pas vous demander
votre réponse
demain avec M. Hu Jin-Tao,
ce n'est pas cela. Ma
question est : quels
sont les moyens de pression
que vous avez pour obtenir
que ces pourparlers
soient efficaces et
que ce ne soit pas simplement
cosmétique pour
arriver aux Jeux Olympiques
?
R
- J'aurai l'occasion
de rencontrer le président
chinois demain et, à
la suite de ma rencontre,
j'annoncerai un certain
nombre de décisions.
J'ai terminé
le processus de consultation
de nos partenaires,
puisqu'en tant que président
de l'Union - et c'est
tout à fait normal
j'ai consulté
nos partenaires et j'annoncerai
demain le résultat
de cette consultation
et des initiatives que
je serai amené
à prendre. Pardon,
je voulais vous faire
le point sur le G8,
je ne veux pas être
discourtois avec vous
et dire que, sur ce
sujet, je répondrai
demain et sur l'autre
je répondrai
le 12, mais je vois
le président
chinois demain et j'annonce
ce que je vais lui dire
en conférence
de presse, je vois le
président Bachar
Al-Assad le 12 et je
vous dis… Donc
ce n'est pas extrêmement
commode, c'est la raison
pour laquelle je dois
espacer mes réponses.
Franchement, expliquer
sa stratégie,
c'est en expliquer le
résultat qu'on
en attend donc, honnêtement,
c'est difficile et comme
je suis très
mal à l'aise
comme vous le savez,
avec la langue de bois,
je préfère
m'abstenir de répondre
plutôt que vous
faire une réponse
langue de béton,
pas à la hauteur
de la qualité
des interlocuteurs qui
sont devant moi, naturellement.
Q
- Monsieur le Président,
la France, selon le
Comité d'aide
au Développement
de l'OCDE, a baissé
son aide publique de
15,6 % en 2007. Vous
avez repoussé
de 2012 à 2015
l'idée de parvenir
à 0,7 % d'aide
publique au développement.
Est-ce que finalement,
depuis un an que vous
êtes aux affaires
et que vous avez beaucoup
voyagé, vous
dites que finalement,
peut-être, vous
allez revenir plus rapidement
à l'objectif
de 2012 et mettre plus
d'argent et montrer
l'exemple sur la question
de l'aide au développement
?
R
- J'ai beaucoup
voyagé, j'espère
que ce n'est pas un
reproche ! Par moment,
c'est vrai, je le pense
aussi. Alors, je m'attendais
à cette question.
Je crois qu'il faut
vous donner des chiffres.
Pardon d'être
un peu précis
mais c'est mieux. L'aide
française au
développement,
c'est la première
du G8 avec 0,39 % du
revenu national. Nous
sommes à environ
10 milliards de dollars.
Je parle de 2007. Nous
sommes les premiers.
J'ai confirmé
l'objectif de 0,7 pour
2015. C'est vrai, Monsieur,
que l'on est passé
de 2012 à 2015
mais j'observe que,
jusqu'à présent,
la France tenait ses
engagements en annulant
des dettes. Vous connaissez
bien ces sujets, est-ce
que c'est vrai ce que
je dis ? Voilà.
Et maintenant que la
quasi-totalité
des dettes est annulée,
vous comprenez la différence.
Donc faites le 0,7 ou
le 0,39 en annulant
des dettes ou en mettant
de l'argent frais -
pardon de l'expression
- ce n'est pas tout
à fait le même
effort. Surtout que
l'on annule la dette
de pays dont on savait
d'ailleurs parfaitement
bien qu'ils ne pourraient
pas les rembourser.
Donc,
en passant de 2012 à
2015, j'ai renforcé
les obligations de la
France. D'abord parce
que c'était des
promesses et il faut
les tenir. Et puis,
maintenant, c'est de
l'argent frais. Les
deux tiers, par ailleurs,
de notre aide bilatérale,
sont désormais
consacrés à
l'Afrique. Quant à
notre aide multilatérale,
la France est le cinquième
contributeur de la Banque
mondiale. La France
est le deuxième
contributeur de la Banque
africaine de Développement
et du Fonds mondial
contre le sida, la tuberculose
et le paludisme et tout
cela va en priorité
sur l'Afrique.
En
septembre dernier, on
a consacré 900
millions d'euros sur
trois ans au Fonds mondial
de lutte contre le sida
et mon souhait est de
tenir l'engagement de
l'accès universel
au traitement des pandémies,
ce qui est un objectif
incontournable. Vous
savez qu'il y avait
eu une crainte de la
part de certaines ONG
: est-ce que l'on faisait
cela ou pas ? Vous m'aviez
vous-même évoqué
les choses, voici ma
réponse. Je voudrais
signaler au passage
que j'ai obtenu une
avancée sur la
liberté de circulation
des personnes séropositives.
Les résultats,
par ailleurs, sont au
rendez-vous. Notre action
en Afrique subsaharienne
entre 2004 et 2006 a
permis à un million
et demi d'Africains
d'accéder à
l'eau potable, à
deux millions et demi
d'Africains d'accéder
à l'électricité,
a près de quatre
millions d'enfants d'être
scolarisés au
niveau primaire et à
près de 6 millions
d'enfants d'être
vaccinés. Nous
allons passer à
la vitesse supérieure
au niveau de l'Afrique.
J'ai demandé
à l'Agence française
de Développement
de doubler ses engagements
financiers sur l'Afrique
dans les cinq ans qui
viennent, 2008 à
2012, par rapport aux
six ans passés
2002-2007. L'AFD va
passer de 4,8 milliards
d'euros à 10
milliards d'euros. Ce
sont des chiffres et
des engagements concrets.
Par ailleurs, nous allons
encourager l'apparition
d'une nouvelle génération
d'entrepreneurs africains
- c'est ce que j'ai
dit en Afrique du Sud
en février dernier
- et nous allons apporter
deux milliards euros
et demi de financement
sous forme d'apport
en capital et de garanties
pour les entreprises
africaines.
Donc
j'estime que, de ce
point de vue-là,
la France n'a pas à
rougir. Enfin, je ne
cache pas que ce sont
des objectifs très
ambitieux parce que,
un, on ne peut plus
faire d'annulation de
dettes donc c'est de
l'argent frais, deux,
nos budgets sont en
déficit - quasiment
tous les pays - et vous,
les journalistes, vous
n'êtes pas les
derniers à me
reprocher les déficits.
Il faut donc trouver
des marges de manœuvre
et ce n'est pas extrêmement
simple.
Q
- Je voulais peut-être
juste un petit droit
de suite, par rapport
à la question
concernant les négociations
en cours entre les Chinois
et les Tibétains.
Est-ce que vous avez
juste une appréciation
de la qualité
de ces négociations
en cours ? La question
que je voulais vous
poser concernait le
climat. Vous parlez
d'objectifs contraignants.
Effectivement, c'est
la première fois
que les Etats-Unis s'engagent
sur des objectifs contraignants
à la fois en
termes de chiffres et
de calendrier. Et en
même temps, d'après
les compte-rendus que
l'on a pu voir de cet
accord, il semblerait
qu'il y ait une phrase
qui apporte une certaine
nuance et qui dise que
le texte insiste sur
la nécessaire
contribution de toutes
les économies
et notamment les pays
émergents tel
que la Chine et l'Inde,
et que George Bush aurait
soutenu que Washington
ne pourrait pas s'astreindre
à des objectifs
si la Chine et l'Inde
ne s'y mettaient pas.
Est-ce que, donc, si
vous n'arrivez pas à
convaincre ces économies
émergentes demain
de faire le même
pas que les pays du
G8 aujourd'hui, est-ce
que cela remet en cause
la contrainte décidée
aujourd'hui ?
R
- Non, la contrainte
décidée
aujourd'hui, l'objectif
contraignant que nous
avons décidé,
on s'y tient. Avec le
président des
Etats-Unis, nous avons
dit : il faut que les
autres s'y mettent.
La divergence que l'on
avait pu avoir était
: est-ce qu'il faut
attendre que l'autre
commence pour commencer
soi-même ?
J'ai
fait valoir cette idée
que, dans ce cas-là,
on peut attendre longtemps.
Je crois que le président
des Etats-Unis a raison
: il faut que les autres
s'y mettent, sinon,
c'est la moitié
de l'humanité…
C'est la même
humanité, mais
s'il y en a la moitié
qui fait des efforts
et l'autre moitié
qui n'en fait pas, le
résultat est
nul. Mais je pense que
l'Europe doit montrer
l'exemple, d'où
le paquet énergie-climat
et que le G8 doit montrer
l'exemple indépendamment
de ce que l'on essayera
d'obtenir du G5 et du
G3. Donc, cela reste
notre engagement pour
nous. J'ai fait valoir
cet argument que c'était
plus facile d'obtenir
un engagement des autres
si nous-mêmes
nous montrions l'exemple,
plutôt que si
l'on disait : on attend.
Sur
la Chine, je m'exprimerai
demain sur l'ensemble.
Mais, peut-être,
je peux vous dire quelque
chose qui vous intéressera
à propos de l'Italie
et de l'extradition
de Mme Petrella.
Ce
sont des sujets extrêmement
difficiles qui mettent
en cause, bien sûr,
le respect des autorités
judiciaires italiennes
et le respect des décisions
de justice française.
J'ai discuté
de cela avec le président
du Conseil italien en
lui disant que la France,
conformément
aux accords européens
que nous avons signés,
l'Italie étant
une démocratie,
conformément
aux décisions
de justice qui ont été
rendues et sous réserve
que le Conseil d'Etat
confirme puisque c'est
la dernière décision
en cours et que la France
extradera Mme Petrella.
Mais j'ai demandé
au président
du Conseil italien,
dans ce cas, de solliciter
du président
de la République
italienne la grâce,
compte-tenu de l'ancienneté
de la condamnation et
compte-tenu de la situation
psychologique et de
santé de Mme
Petrella. J'ai indiqué
que c'était,
dans mon esprit, un
geste humanitaire et
le président
du Conseil italien m'a
fait valoir qu'il partageait
mon analyse et qu'il
interviendrait donc
auprès du président
de la République
italienne pour essayer
d'obtenir la grâce
pour Mme Petrella. Je
crois que l'on pourrait
terminer cette affaire
de cette façon,
avec une France qui
respecte l'Etat de droit,
bien sûr, l'Etat
de droit en Italie et
les décisions
de justice en France
et qui reste fidèle
à sa tradition
de protectrice des Droits
de l'Homme en demandant
le pardon et la grâce.
Je l'ai fait en accord
avec le président
du Conseil italien.
Je lui ai d'ailleurs
demandé l'autorisation
de vous en parler et
je lui écrirai,
dès mon retour
du Japon, pour préciser
les conditions dans
lesquelles nous demandons
ce geste humanitaire.
Q
- Monsieur le Président,
j'en reviens encore
une fois à la
question du climat parce
que j'ai le texte en
main. Le texte dit :
"nous cherchons
à partager avec
les parties aux négociations
de Bali, la vision et
à considérer
et adopter avec eux,
l'objectif de 50 % de
réductions des
émissions d'ici
2050 (…)".
Le texte dit : "nous
cherchons à considérer
et adopter". Où
est l'objectif contraignant
là-dedans ?
R
- D'abord, merci
de cette traduction,