SOMMET DU G8
SECURITE ALIMENTAIRE
MONDIALE
DECLARATION DES CHEFS
D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT
(Toyako,
8 juillet 2008)
1.
Nous sommes très
vivement préoccupés
par la forte augmentation
des prix alimentaires
dans le monde qui, conjuguée
à des problèmes
de pénurie dans
certains pays en développement,
menace la sécurité
alimentaire mondiale.
L'incidence négative
de cette tendance récente
pourrait faire plonger
des millions de personnes
supplémentaires
dans la pauvreté
et ralentir ainsi les
progrès accomplis
sur la voie des Objectifs
du Millénaire
pour le Développement.
Nous avons pris des
mesures supplémentaires
pour aider ceux qui
souffrent de l'insécurité
alimentaire ou de la
faim et nous réaffirmons
aujourd'hui l'engagement
que nous avons pris
de traiter cette crise
structurelle multiforme.
2.
Nous sommes déterminés
à prendre toutes
les mesures possibles
de manière coordonnée
et nous nous sommes
engagés en janvier
2008 à verser
plus de 10 milliards
de dollars pour l'aide
alimentaire, des interventions
dans le domaine de la
nutrition, des actions
de protection sociale
et des mesures destinées
à accroître
la production agricole
dans les pays touchés,
à court, moyen
et long terme. Dans
l'immédiat, nous
faisons face aux besoins
urgents des plus vulnérables.
Dans ce contexte, nous
nous félicitons
des contributions faites
par d'autres acteurs
pour faire face à
la crise alimentaire
mondiale. Nous demandons
à d'autres donateurs
de participer à
nos côtés
en prenant des engagements,
notamment par l'intermédiaire
du Programme alimentaire
mondial (PAM), pour
répondre aux
besoins humanitaires
les plus pressants et
pour fournir des semences
et des engrais dans
la perspective des prochaines
semailles. Nous rechercherons
également les
possibilités
de contribuer à
la mise en place d'une
agriculture locale en
favorisant l'achat sur
place d'aide alimentaire.
Nous soulignons combien
il est important de
renforcer l'efficacité
de la fourniture d'aide
alimentaire en temps
utile et en fonction
des besoins, et d'augmenter
la productivité
agricole.
3.
Pour traiter efficacement
cette crise, il faut
montrer l'exemple, faire
preuve d'ambition et
disposer de ressources
suffisantes. La communauté
internationale a besoin
d'une réponse
totalement coordonnée
et d'une stratégie
globale pour remédier
à ce problème
de manière intégrée
à court, moyen
et long terme. Nous
accueillons avec satisfaction
les conclusions adoptées
dans les enceintes internationales
compétentes,
notamment la Conférence
de haut niveau de l'Organisation
des Nations unies pour
l'Alimentation et l'Agriculture
(FAO) sur la sécurité
alimentaire mondiale
(Rome) et la quatrième
Conférence internationale
de Tokyo sur le développement
(TICAD) de l'Afrique
(Yokohama). Nous nous
félicitons du
rôle moteur joué
par les Nations unies
et les institutions
de Bretton Woods pour
réunir le groupe
de haut niveau sur la
crise alimentaire mondiale
afin d'arrêter
un "cadre général
d'action" et nous
demandons aux acteurs
concernés de
mettre rapidement en
oeuvre les plans destinés
aux pays qui en ont
besoin afin d'obtenir
très vite des
résultats.
4.
Pour nous concerter
et mettre en oeuvre
ces plans de manière
efficace, nous travaillerons
avec la communauté
internationale afin
de former un partenariat
mondial sur l'agriculture
et l'alimentation associant
tous les acteurs concernés,
notamment les gouvernements
des pays en développement,
le secteur privé,
la société
civile, les donateurs
et les institutions
internationales. Ce
partenariat, qui renforce
les institutions de
l'ONU et d'autres institutions
internationales existantes
tout en s'appuyant sur
elles, pourrait constituer
un soutien efficace
et réel aux processus
et aux organismes nationaux
et au pilotage local,
s'appuyer sur l'expertise
au sein des organisations
internationales existantes
et, en particulier,
veiller au suivi et
à l'évaluation
des progrès.
L'ONU doit faciliter
ce travail et en assurer
la coordination. Dans
le cadre de ce partenariat,
un réseau mondial
d'experts de haut niveau
sur l'alimentation et
l'agriculture fournirait
une analyse scientifique
et mettrait en lumière
les besoins et les risques
futurs.
5.
Nous avons pris l'engagement
de réformer la
FAO en profondeur afin
d'en améliorer
l'efficacité
en matière de
garantie de la sécurité
alimentaire pour tous.
Dans ce contexte, nous
espérons que
la prochaine conférence
extraordinaire de la
FAO assurera un suivi
efficace du Sommet mondial
de l'alimentation de
Rome et adoptera des
mesures concrètes
pour améliorer
l'efficacité
de la FAO.
6.
La sécurité
alimentaire nécessite
également un
marché mondial
et un système
commercial stables pour
l'alimentation et l'agriculture.
L'augmentation des prix
alimentaires vient renforcer
les pressions inflationnistes
et crée des déséquilibres
macro-économiques,
notamment dans certains
pays à faible
revenu. Nous oeuvrerons
donc à la conclusion
rapide et fructueuse
d'un cycle de Doha ambitieux,
global et équilibré.
Il est également
indispensable de supprimer
les restrictions aux
exportations et d'accélérer
les négociations
à l'Organisation
mondiale du Commerce
(OMC) afin d'introduire
des disciplines plus
strictes sur les actions
commerciales qui prolongent
et aggravent la situation
et entravent les achats
humanitaires de produits
alimentaires. Par ailleurs,
nous continuons d'encourager
le développement
de marchés ouverts
et efficaces pour les
produits agricoles et
alimentaires et nous
préconisons de
faire assurer le suivi
du fonctionnement de
ces marchés par
les institutions compétentes
afin de réduire
au maximum la volatilité
des prix alimentaires
et de prévenir
les crises futures.
Nous
appelons également
les pays disposant de
stocks alimentaires
suffisants à
mettre à disposition
une partie de leurs
excédents pour
aider les pays qui en
ont besoin en cas d'augmentation
importante des prix,
et d'une manière
qui ne fausse pas les
échanges commerciaux.
Nous étudierons
les options possibles
pour adopter une approche
concertée de
la gestion des stocks,
notamment les avantages
et les inconvénients
liés à
la mise en place d'un
système "virtuel"
de réserves à
des fins humanitaires
qui ferait l'objet d'une
coordination internationale.
7.
Nous sommes pleinement
conscients de la nécessité
de prendre toute une
série de mesures
à moyen et à
long terme pour faire
face aux problèmes
de la sécurité
alimentaire et de la
pauvreté, et
notamment de l'importance
de la production alimentaire
mondiale et de l'accroissement
de l'investissement
dans l'agriculture.
Nous entendons dans
ce cadre :
a)
mettre fin à
la diminution générale
de l'aide et de l'investissement
dans le secteur agricole,
et parvenir à
une augmentation significative
du soutien aux initiatives
des pays en développement,
notamment, en Afrique,
par la mise en oeuvre
totale et efficace du
Programme intégré
pour le développement
de l'agriculture en
Afrique (CAADP) ;
b)
soutenir l'objectif
du CAADP d'une croissance
annuelle de 6,2 % de
la productivité
agricole et oeuvrer
pour atteindre l'objectif
de doubler la production
des denrées alimentaires
de base dans les pays
africains en respectant
les critères
du CAADP dans un délai
de cinq à dix
ans et de manière
durable, l'accent étant
mis plus particulièrement
sur les petites exploitations
agricoles et la croissance
rurale solidaire ;
c)
promouvoir la recherche
et développement
agricole, et la formation
d'une nouvelle génération
de scientifiques et
d'experts dans les pays
en développement
qui privilégient
la diffusion de technologies
agricoles améliorées
viables et adaptées
au plan local, notamment
par l'intermédiaire
du Groupe consultatif
pour la recherche agricole
internationale (CGIAR)
et via des partenariats
tels que l'Alliance
pour une révolution
verte en Afrique ;
d)
soutenir l'amélioration
des infrastructures,
y compris l'irrigation,
les moyens de transport,
la chaîne d'approvisionnement,
les systèmes
de stockage et de distribution
et le contrôle
de qualité ;
e)
contribuer au développement
de systèmes d'alerte
précoce en matière
de sécurité
alimentaire ;
f)
encourager l'action
des institutions financières
internationales, y compris
des banques régionales
de développement
et du Fonds international
de développement
agricole (FIDA) ; à
cet égard, nous
nous félicitons
particulièrement
de l'annonce faite récemment
par la Banque mondiale
de la création
d'une facilité
de financement rapide
d'1,2 milliard de dollars
pour répondre
aux besoins immédiats,
et du travail du Fonds
monétaire international
(FMI) destiné
à répondre
aux besoins des pays
importateurs de produits
alimentaires confrontés
à des difficultés
dans leur balance des
paiements, notamment
grâce à
la Facilité pour
la réduction
de la pauvreté
et pour la croissance
et au réexamen
de la Facilité
de protection contre
les chocs exogènes
;
g)
accélérer
la recherche et développement
et renforcer l'accès
aux nouvelles technologies
agricoles pour stimuler
la production agricole
; encourager l'analyse
scientifique des risques,
y compris en ce qui
concerne la contribution
de variétés
de graines développées
à l'aide des
biotechnologies ;
h)
soutenir les stratégies
de développement
menées par les
pays pour s'adapter
au changement climatique,
lutter contre la désertification
et promouvoir la préservation
et l'utilisation durable
de la diversité
biologique tout en intensifiant
nos efforts de lutte
contre le changement
climatique ;
i)
garantir la compatibilité
des politiques relatives
à la production
et à l'utilisation
durables des biocarburants
avec la sécurité
alimentaire, et accélérer
le développement
et la commercialisation
de biocarburants de
deuxième génération
qui sont produits à
partir de plantes non
alimentaires ou de biomasse
non comestible. A cet
égard, nous travaillerons
ensemble et avec d'autres
partenaires pour développer
des critères
et des indicateurs scientifiques
pour la production et
l'utilisation des biocarburants
;
j)
promouvoir la bonne
gouvernance dans les
pays en développement
en mettant l'accent
plus particulièrement
sur leurs politiques
de sécurité
alimentaire et de marchés
des produits alimentaires
;
k)
intégrer les
objectifs de sécurité
alimentaire dans les
politiques de développement
des pays donateurs et
bénéficiaires,
et réaffirmer
notre attachement commun
aux principes de la
Déclaration de
Paris sur l'efficacité
de l'aide.
8.
Nous avons chargé
un groupe d'experts
du G8 de suivre la mise
en oeuvre de nos engagements
et de recenser d'autres
manières dont
le G8 pourrait soutenir
les travaux du groupe
de haut niveau sur la
crise alimentaire mondiale
et travailler avec d'autres
parties intéressées
pour que la prochaine
Assemblée générale
des Nations unies puisse
concrétiser le
Partenariat mondial.
9.
Nous dresserons le bilan
des progrès accomplis
dans ce domaine lors
de notre prochain Sommet./.
(Source : site Internet
de la présidence
de la République)