CONSEIL
EUROPEEN
CONFERENCE DE PRESSE
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY
(Bruxelles,
20 juin 2008)
Mesdames
et Messieurs, bonsoir.
Je me livre à
vos questions.
Q
- Monsieur le Président,
où en est-on
concernant la réponse
de l'Europe sur la hausse
des prix des carburants
?
R
- Nous avons
eu une longue discussion,
pas simplement d'ailleurs
sur la hausse des prix
des carburants, mais
sur la hausse des prix
des matières
premières en
général,
et notamment des prix
agricoles. Il y a un
point commun, c'est
une analyse de la gravité
de la situation. Tous
les pays sont parfaitement
conscients que le choc
pétrolier est
d'une ampleur inégalée
par rapport aux trois
précédents
chocs pétroliers,
notamment ceux des années
1970. Chaque pays est
bien conscient de cela.
Chaque pays est également
conscient qu'il faut
faire quelque chose
pour apporter une réponse
européenne. Sur
les réponses
à apporter, il
y a une batterie de
solutions : discussions
avec les pays producteurs,
nécessité
de la transparence pour
éviter la spéculation,
volonté de comprendre
comment fonctionne ce
marché pétrolier,
interrogation pour savoir
si le mot "marché
pétrolier"
est juste, compte tenu
des grands dysfonctionnements
dont les conséquences
sont constatées
ici ou là, volonté
de lutter contre la
spéculation,
proposition fiscale
de la France et donc,
tout ceci fait l'objet
d'un grand consensus.
Le
président de
la Commission a proposé
de travailler sur cette
batterie de mesures,
y compris la fiscalité,
pour en faire rapport
au mois d'octobre. Voilà
où nous avons
arrêté
la discussion. Nous
l'avons arrêtée,
il y a encore un certain
nombre d'intervenants
donc les décisions
n'ont pas été
prises mais c'est ce
qui a fait l'objet d'une
discussion de 2 heures
ou 2 heures et demie
cet après-midi,
avant que nous n'allions
au dîner pour
parler des questions
institutionnelles. Voilà
où nous en sommes.
Q
- Sur les propositions
fiscales, est-ce que
vous avez eu l'impression
d'être soutenu
par vos collègues
et par la Commission
?
R
- C'est le président
Barroso lui-même
qui a proposé
de faire une étude
sur les conséquences
de la fiscalité.
Le Premier ministre
Zapatero a indiqué
que, compte tenu de
la gravité de
la situation, il serait
insensé d'écarter
a priori une mesure.
Faisant expressément
allusion à celle-ci,
le chancelier autrichien
a également dit
combien il partageait
mon analyse. Cela ne
veut pas dire qu'il
partageait la proposition
sur la fiscalité
mais il disait qu'il
fallait trouver des
solutions. Moi-même,
j'ai employé
l'argument suivant :
il ne s'agit pas de
baisser la fiscalité
sur le pétrole,
mais si le pétrole
devait continuer à
augmenter, cela pose
quand même le
problème d'une
fiscalité proportionnelle.
La
différence entre
la TIPP et la TVA est
très simple.
La TIPP est une taxe
sur les volumes. Du
fait du renchérissement
du pétrole, les
volumes ont tendance
à diminuer. Diminuer
la TIPP n'a pas de sens.
La TVA est une fiscalité
sur les prix. Chacun
peut comprendre que
prendre 20 % de TVA
sur un baril à
42 dollars - ce qui
était le cas
en 2004 - et sur un
baril à 139 ou
à 140 dollars
aujourd'hui, ce n'est
pas la même chose.
Je n'ai d'ailleurs pas
demandé que l'on
prenne la décision
tout de suite mais,
qu'au moins, on étudie
les conséquences
d'une fiscalité
proportionnelle sur
les prix avec l'explosion
exponentielle des prix
du pétrole. Je
ne peux pas vous dire
que c'est la décision
qui sera prise. Mais
la proposition qui a
été faite
par la Commission en
début de réunion,
c'est celle-ci. Dans
la discussion que nous
avons eue, il y a une
commune volonté
des dirigeants européens
d'avancer. Certains
pays sont d'ailleurs
opposés à
ce que l'on touche à
la fiscalité,
je pense notamment,
pour le plus en pointe,
à la Suède.
Ce qui est d'ailleurs
parfaitement son droit.
La discussion se poursuit
et dans un climat assez
constructif.
Q
- L'Irlande, Monsieur
le Président.
Est-ce qu'il y a unanimité
du Conseil européen
pour poursuivre le processus
de ratification ? Il
semblerait que ce soir
les Tchèques
se soient montrés
particulièrement
réticents. Qu'en
est-il ?
R
- Cela, c'était
le programme du dîner.
Qu'est-ce que nous pouvons
dire au point où
nous en sommes ? D'abord
qu'il y a une volonté
de ne pas dramatiser
la situation même
si, clairement, il nous
faut tenir compte du
non irlandais. Et donc
l'idée serait
la suivante : que nos
amis irlandais fassent
rapport au Conseil européen
du mois d'octobre de
l'évolution de
la situation pour fixer
une stratégie
définitive, que
d'ici là, dès
le mois de juillet,
en tant que président
en exercice de l'Union,
je me rende en Irlande
pour discuter avec le
gouvernement irlandais
et, peut-être
d'ailleurs, d'autres
interlocuteurs pour
essayer de comprendre
et de trouver des solutions
pour préparer
le conseil d'octobre.
Il
y a une volonté
commune des vingt-sept
Etats de demander à
la présidence
montante et à
la Présidence
française d'être
ambitieuses sur les
objectifs pour que l'Europe
ne retombe pas dans
une période d'immobilisme
et donc d'avancer, de
façon très
allante, sur les priorités
françaises :
pacte européen
sur l'immigration, le
paquet climat-énergie,
la politique de défense.
Il y a vraiment une
volonté de montrer
que, nonobstant les
difficultés institutionnelles,
personne ne veut rester,
en quelque sorte, comme
paralysé, immobile.
Et donc, c'est à
la fois une difficulté
pour la Présidence
française mais
cela peut être
une opportunité.
En tous les cas, c'est
le message qu'ont envoyé
tous les Européens.
Même
si on ne fait pas état
d'un calendrier, parce
qu'il convient de ne
faire pression sur personne,
ce n'est pas la peine
d'aggraver un fossé,
il faut essayer de le
réduire. De toute
façon, chacun
sait bien qu'il y a
un délai qui
est celui des prochaines
élections européennes.
Il faut bien être
prêt, ne serait-ce
que pour que chaque
pays sache quel est
le nombre de députés.
Par ailleurs, même
si cela n'est pas écrit
expressis verbis, il
est certain que, tant
que l'on n'a pas résolu
le problème institutionnel,
la question de l'élargissement
se trouve stoppée
de jure ou de facto.
On ne va pas continuer
un élargissement
alors que l'on n'arrive
pas à trouver
une solution à
vingt-sept. Cela ne
serait pas raisonnable.
Il
y a une difficulté
particulière
avec nos amis tchèques.
J'espère que
nous pourrons la lever
d'ici demain matin.
Le Premier ministre
tchèque a fait
état de l'euroscepticisme
dans son pays. Il nous
a demandé du
temps. Nous sommes en
train de discuter avec
lui sur la rédaction
du communiqué
final, chacun étant
bien conscient qu'il
convient de circonscrire
le problème à
l'Irlande et que l'ensemble
des autres pays poursuive
le processus de ratification.
Comme
vous le savez, en République
tchèque, c'est
la décision de
la Cour Constitutionnelle
qui doit rendre sa décision
je crois en septembre
ou en octobre, et donc
c'est une difficulté
pour eux.
Sinon,
l'ensemble des autres
pays, à la suite
de la décision
de la Grande-Bretagne,
s'est manifesté
pour la poursuite de
la ratification du Traité
de Lisbonne, c'est le
cas de Chypre, c'est
le cas de la Suède,
c'est bien sûr
le cas de l'Espagne,
c'est bien sûr
le cas de l'Italie.
Voilà la situation
à la minute où
je vous parle.
La
Pologne a ratifié.
Il reste la signature
du président.
Je ne pense pas que
cela pose un problème,
enfin, soyons prudents,
mais je ne le pense
pas.
Q
- Dans le débat
avec l'Irlande, est-ce
que cela sera possible
de mettre en cause la
question de la Commission
et que chaque pays ait
encore un commissaire
?
R
- S'il n'y a
pas de ratification
de Lisbonne, on revient
à Nice et, à
ce moment-là,
on se retrouve dans
la situation redoutée
par l'Irlande.
Q
- Il n'y a pas d'accord
sur la méthode….
R
- En tant que
président de
l'Union, à la
demande du Premier ministre
irlandais, je me rendrai
en Irlande, j'écouterai,
je dialoguerai et j'aviserai.
Q
- Pour revenir au pétrole,
en tant qu'arme politique
cette fois, le président
Chavez menace de suspendre
les livraisons de pétrole
aux pays européens
qui appliqueraient la
fameuse directive "retour".
Quelle est votre réaction
?
R
- Franchement,
j'ai un paquet de problèmes
à gérer.
Honnêtement, c'est
assez suffisant. Donc,
sur cette question du
pétrole, toutes
les idées qui
sont sur la table, la
France les fait siennes.
Je veux dire la nécessité
de transparence, de
lutte contre la spéculation,
la volonté de
discuter avec les pays
producteurs, la nécessité
de faire des économies
d'énergie, de
promouvoir la voiture
électrique, de
développer le
nucléaire et
de s'interroger sur
la fiscalité.
Voilà, la Commission
est tout à fait
allante pour trouver
les meilleures solutions,
tant mieux. Moi, qu'est-ce
que je voulais ? C'est
qu'il y ait une réponse
européenne à
cette question, que
la Commission étudie
toutes les voies possibles,
sans tabou. J'espère
que l'on se dirige dans
cette direction, et
c'est très bien
ainsi.
Après
l'ensemble des problèmes
des pays producteurs,
il y a celui dont vous
avez parlé et
il y en a bien d'autres.
Il y a le Nigeria qu'il
faut aider à
avoir la paix intérieure
pour qu'il puisse produire
le pétrole dont
le monde a besoin. Il
y a l'Angola qu'il faut
aider à se développer
pour qu'elle puisse,
elle aussi, fournir
le pétrole dont
on a besoin. De ce côté-là,
croyez bien que les
sujets de préoccupations
sont multiples. Qu'est-ce
qui compte dans tout
cela ? C'est que les
Européens comprennent
que l'Europe les protège
et qu'on essaye d'avoir
une réaction
européenne à
un problème qui
nous concerne tous.
Et chacun comprend bien
qu'on sera plus fort
tous ensemble que si
chacun raisonne et réfléchit
et essaye d'agir de
son côté.
Evidemment, l'affaire
irlandaise ne simplifie
pas la tâche,
mais elle est là.
Et moi, j'essaie d'en
faire un argument de
plus pour convaincre
nos partenaires d'agir
concrètement
en même temps
qu'on circonscrit le
problème institutionnel
à la question
irlandaise.
Q
- J'ai une question
sur la fiscalité
ou sur l'énergie,
parce qu'on a un rapport
de la Commission en
octobre, donc cela reporte
à quoi ? A 2009
? Vous espérez
avoir quelque chose
fin 2008 ?
R
- Vous êtes
un spécialiste
de l'Europe. Déjà,
si l'on obtient de la
Commission des propositions
en octobre, alors que
nous sommes quasiment
dans la deuxième
quinzaine du mois de
juin, c'est que l'on
aura décidé
en Europe de façon
relativement rapide
par rapport à
ce que l'on a connu.
Franchement, j'aurais
bien voulu demander
le rapport pour le mois
d'août, mais ce
ne sont pas les méthodes.
Ce n'est pas à
vous que je vais le
dire.
Alors
maintenant, il y a un
Conseil - c'est la tradition
- en octobre. Je veux
bien le mettre en septembre
mais, à partir
de ce moment-là,
on verra à quel
niveau sera le pétrole
et on prendra la décision
à ce moment-là.
J'ajoute que la France
est plutôt bien
placée, elle
qui a lancé un
programme nucléaire
majeur. J'ajoute également
que c'est, me semble-t-il,
un atout pour que chaque
pays européen
comprenne qu'il faut
se lancer dans la ratification
de la directive climat
et énergie le
plus rapidement possible.
Voilà, j'essaie
de faire de toutes les
difficultés européennes
un atout. De la difficulté
irlandaise, une volonté
d'aller plus vite sur
l'immigration. De l'explosion
du prix du pétrole,
une nécessité
de ratifier la proposition
de la Commission sur
le paquet énergie
et climat. Qu'est-ce
qu'il dit ? Qu'il faut
faire de l'énergie
renouvelable, de l'énergie
nucléaire et
des économies
d'énergie. C'est
exactement la position
de la France.
Q
- Avez-vous évoqué
avec vos homologues
la nécessité
d'avancer vers une plus
grande coordination
de votre politique vis-à-vis
de la Chine afin que,
lorsque vous vous rendrez
à Pékin
au mois d'août
- vous réservez
votre réponse,
mais il semble très
fortement que ce voyage
se fasse - à
cette occasion, vous
ayez véritablement,
vous incarniez en tant
que président
de l'Europe, une position
qui soit véritablement
commune aux vingt-sept
?
R
- Ecoutez, franchement,
on en a pas parlé
parce qu'on n'a pas
eu le temps. Et vous
savez, je crois qu'il
faut que l'on réponde
aux urgences et l'urgence
c'est le pétrole
- enfin, le prix des
matières premières
et notamment le pétrole
- et la question institutionnelle.
Et pour vous dire vrai,
je n'ai d'ailleurs pas
souhaité - et
je l'ai dit à
mes partenaires - qu'on
se consacre à
autre chose. On ne va
pas se disperser non
plus. C'est vrai que
c'est une question très
importante, je le reconnais
bien volontiers, mais
il me semble que trouver
une réponse à
la question irlandaise
et essayer d'amener
les vingt-six autres
sur un processus de
ratification même
en leur donnant du temps
- je pense aux Tchèques
-, cela m'a paru plus
important. J'ajoute
que l'on aura le sommet
du 13 et du 14 qui sera
aussi une occasion de
parler. Ce n'est pas
à l'ordre du
jour mais, on pourra
en parler, au moins
de façon informelle
et puis il y a le téléphone,
mais il m'a semblé
que la priorité,
c'était quand
même d'apporter
une réponse irlandaise.
Je dois dire que le
Premier ministre irlandais
est un homme courageux,
très franc, qui
nous a décrit
la situation de façon
assez claire.
Q
- On entend un certain
nombre de propos irrités,
côté français,
à propos de la
Commission européenne
ces derniers temps,
à la fois à
propos de la question
de la gestion de la
pêche ou sa possible
coresponsabilité
dans le non irlandais.
Je voudrais savoir si,
à vos yeux, le
président Barroso
fait un bon candidat
pour se succéder
à lui-même.
R
- Vous êtes
partis sur la Commission
et vous arrivez sur
Barroso ! Enfin, écoutez,
c'est très facile
d'attaquer la Commission,
de trouver un bouc émissaire
qui est la Commission.
Je n'ai jamais participé
à cela, je n'ai
jamais fait cela et
ce n'est certainement
pas aujourd'hui que
je le ferai, quoi qu'il
puisse m'en coûter
par ailleurs. Ramener
le problème irlandais
aujourd'hui, le problème
néerlandais hier,
le problème français
hier, à la seule
question de la Commission,
c'est faire une analyse
totalement erronée
de la situation politique
en Europe.
Moi,
j'ai toujours pensé
que c'était un
excellent président
de la Commission. Le
débat irlandais
a porté sur l'avortement,
sur l'euthanasie, sur
un commissaire européen
ou pas, sur la fiscalité,
sur l'OMC, sur l'agriculture
et on ne peut pas ramener
cela à M. Barroso.
Non, choisissez un autre,
mieux, Mandelson, par
exemple.
Non,
mais enfin, franchement,
vous êtes des
spécialistes,
vous avez suivi le débat
irlandais, la question
de l'OMC a été
une question clairement
évoquée
dans le débat
irlandais, de la façon
la plus claire, c'est
une réalité.
D'ailleurs, je dois
dire sur cette question-là,
qu'il serait totalement
invraisemblable que
l'on continue à
vouloir négocier
un accord où
nous n'avons rien obtenu
sur les services, rien
sur l'industrie, tout
le monde est absolument
d'accord, et qui conduirait
à baisser de
20 % la production agricole
dans un monde où
il y a 800 millions
de personnes qui meurent
de faim. Il y a un enfant
toutes les 30 secondes
qui meurt parce qu'il
a faim et on irait négocier
dans le cadre de l'OMC
une réduction
de la production agricole
européenne de
20 %. Franchement, il
y a une personne qui
est de cet avis, c'est
M. Mandelson, et ce
n'est pas la position
de la France. Je le
dis de la façon
la plus claire que sur
ces bases là
pour nous, c'est non.
Si on veut accroître
la crise irlandaise,
il n'y a qu'à
bien en remettre une
couche là-dessus
et continuer sur un
accord totalement déséquilibré
à l'OMC. Cela
est vraiment contre-productif.
Q
- Vous nous disiez,
il y a un instant, que
le Premier ministre
tchèque, ce soir,
demandait du temps.
Est-ce que cela veut
dire clairement qu'il
compte surseoir au calendrier
de ratification ? Est-ce
que vous pensez, sur
le pétrole, que
la promesse d'un rapport
de la Commission en
octobre est de nature
à rassurer les
eurosceptiques qui manifestent,
- et ils sont quand
même assez nombreux
en ce moment ?
R
- On ne peut
pas dire qu'ils sont
eurosceptiques uniquement
depuis que le prix du
pétrole augmente.
On ne peut pas faire
porter non plus à
l'Europe tous les pêchés
de la création.
On demande un rapport.
La TIPP est une fiscalité
sur les volumes, la
TVA est une fiscalité
sur les prix. En économie
de marché pour
l'ensemble des produits,
les prix baissent et
l'assiette augmente.
Et c'est justement d'ailleurs
pour cela parce que
l'on vend de plus en
plus de produits, que
les prix baissent. Il
se trouve qu'on se trouve
avec le pétrole
sur un phénomène
totalement contraire
au principe d'économie
de marché. Voilà
un produit dont la quantité
a plutôt tendance
à diminuer par
rapport à la
demande et dont le prix
augmente de façon
exponentielle. C'est
d'ailleurs totalement
erratique par rapport
aux règles habituelles
d'économie de
marché. Comme
la fiscalité
basée sur la
TVA est proportionnelle,
la question qui est
posée devant
un mouvement totalement
inédit dans son
ampleur est : est-ce
que l'on doit garder
la même fiscalité
proportionnelle ? Que
l'on prenne trois mois
pour réfléchir
à cette question
me semble raisonnable.
Je suis le premier à
avoir levé la
question de cette fiscalité
et c'est quand même
raisonnable que l'on
en étudie les
conséquences.
Ce n'est pas quelque
chose que l'on peut
décider comme
cela.
De
surcroît, il faudra
ensuite que l'on se
mette d'accord sur le
niveau de prix à
partir duquel on peut
envisager cela. La décision
n'est pas prise mais
j'en suis très
heureux, elle continue
et, même, elle
prospère. Compte
tenu des réactions
totalement bloquées,
négatives quand
j'ai proposé
cette idée, je
me satisfais que cela
progresse et que l'on
ne considère
pas et on ne me dit
pas : " circulez,
il n'y a rien à
voir ". Personne
ne dit cela, à
part un ou deux pays.
Ils voient bien qu'il
y a un problème.
Ce n'est pas la même
chose de prendre 20
% de fiscalité
sur un baril à
140 dollars, que de
prendre 20 % de fiscalité
sur un baril à
42. Je ne dis pas que
cela résout tous
les problèmes
des consommateurs mais,
au moins, cela serait
une réponse européenne
à un phénomène
qu'il va bien falloir
maîtriser, d'une
façon ou d'une
autre.
Q
- Sur l'Irlande, est-ce
qu'il y a une autre
solution que le fait
que les Irlandais revotent
? Est-ce que vous envisagez
une autre solution que
cela, ou est-ce qu'il
n'y a que cela finalement
?
R
- Ecoutez, franchement,
je ne peux pas répondre
à cette question
parce qu'y répondre
serait prendre parti.
Un président
de l'Union en exercice,
que je serai dans quelques
jours, doit essayer
d'amener tout le monde.
Le message que je voudrais
vous faire passer c'est
celui-là : ''
l'Europe, c'est vingt-sept
pays et je ferai tous
mes efforts pour que
la famille soit réunie
et que les vingt-sept
suivent ''. C'est ce
que je pense, c'est
le message que je voudrais
faire passer, c'est
le message sur lequel
on se bat. Est-ce que
ce sera possible sans
vote ? Vous êtes
suffisamment informés
vous-même pour
comprendre que poser
la question, c'est y
répondre. Mais
ce n'est pas moi qui
veut y répondre,
parce que sept jours
après un référendum
qui a eu cette participation
et ce score, dire cela,
c'est compliquer la
tâche plutôt
qu'essayer de la résoudre
et je veux essayer de
la résoudre.
Q
- Quelle interprétation
le Premier ministre
irlandais fait-il du
rejet par ses citoyens
du traité ?
R
- Il a dit très
clairement que cela
ne manifestait pas,
selon lui, une volonté
des Irlandais de sortir
de l'Europe mais l'expression
de multiples craintes
justifiées ou
pas justifiées
qui ont fait qu'il y
a eu une majorité
pour le non. De la même
façon, quand
il y a eu le non en
France, ou le non aux
Pays-Bas, il y avait
de multiples raisons,
on ne peut pas dire
qu'il y en avait qu'une
seule. Et je ne suis
pas persuadé
qu'elles soient toutes
liées au Traité
de Lisbonne, pour dire
les choses. Parce que,
par exemple, sur la
neutralité de
l'Irlande, le Traité
de Lisbonne ne le remettait
pas en cause. On ne
va pas refaire la campagne
maintenant. La campagne
a eu lieu et, justement,
si je veux répondre
positivement à
l'invitation du Premier
ministre irlandais,
c'est pour essayer de
comprendre et voir,
d'ici au mois d'octobre,
toujours octobre, mais
c'est le calendrier
communautaire. Quand
on est vingt-sept pays,
on est bien obligés
de prendre un peu de
temps pour se mettre
d'accord pour trouver
des solutions pour apaiser
les craintes irlandaises,
pour que l'Irlande continue,
bien sûr, dans
la famille européenne.
Cela peut vous paraître
décevant tout
cela mais, en même
temps, l'Europe s'est
construite par une succession
de crises. Et cela serait
si facile de renoncer.
On ne peut pas renoncer.
Il faut quand même
continuer à avancer
alors qu'est-ce que
l'on décide ?
On va avancer tous ensemble,
on va continuer à
travailler, on va même
accélérer
sur les dossiers concrets
parce que c'est la Présidence
française et
on va essayer de trouver
une solution à
la crise institutionnelle.
Pour ne pas retomber
dans 10 ans d'immobilisme.
Voilà ce que
l'on essaye de faire.
Croyez bien que j'aimerais
que cela soit plus facile.
Mais c'est comme cela.
Et puis cela tombe sur
la Présidence
française, honnêtement,
franchement, il faut
se donner du mal.
Q
- Monsieur le Président,
les ministres des Affaires
étrangères
européennes ont
décidé,
ce soir, de lever les
sanctions sur Cuba.
Est-ce que peut être
vous pouvez nous donner
quelques détails
? Est-ce que c'est unilatéral
? Est-ce que c'est définitif
ou est-ce que cela dépend
de Raoul Castro ?
R
- Bernard, tu
es ministre des Affaires
étrangères
…
R
- M. Kouchner
- Les sanctions, on
ne les a pas levées,
elles étaient
levées. Chaque
année, on reproduisait
cette levée des
sanctions qui date,
si je ne m'abuse, de
2004. Nous nous sommes
mis d'accord. Il y a
un texte et, en effet,
nous allons laisser
sa chance à ce
que l'on a appelé
avec difficulté
la libéralisation
du régime cubain.
On a donné sa
chance sachant que,
si vous avez entendu
le discours de Barack
Obama à ce propos,
nous sommes moins libéraux
que lui. Voilà,
on l'a fait. Après
une discussion et quelques
amendements sur un texte
qui, peut-être,
est très, trop
optimiste.
Q
- Je ne comprends pas
très bien la
différence entre
après 2005 et
aujourd'hui, après
le non irlandais. C'est
à dire qu'aussi
à l'époque,
on avait dit qu'on allait
prendre une pause de
réflexion sur
les questions institutionnelles
et qu'on allait faire
l'Europe des choses
concrètes. A
l'époque la priorité,
c'était le réchauffement
climatique et d'autres
priorités par
rapport à aujourd'hui
même s'il y a
encore le réchauffement
climatique comme priorité.
Et donc quelle est la
différence, à
part la Présidence
française qui
va débuter dans
10 jours ?
Deuxième
question : ce matin
le président
du Conseil italien,
Silvio Berlusconi, en
analysant le vote en
Irlande, a regretté
le temps où il
y avait un groupe de
personnes avec Jacques
Chirac, Tony Blair,
Aznar même s'il
n'était pas là
il y a deux ans et lui-même.
Est-ce que vous avez
des réactions
par rapport à
cela ?
R
- Non. J'apprends
à cette occasion
l'excellence des rapports
entre Silvio Berlusconi
et Jacques Chirac. Je
trouve cela très
sympathique. C'était
donc cela l'axe, alors
! Ce n'était
donc pas la peine de
faire tant d'histoires
avec moi. Non, je n'en
ai aucune et quelle
différence par
rapport à 2005
? Ecoutez, en 2005,
on a essayé,
plus exactement moi,
en 2006 puis en 2007,
de tirer les conséquences
de ce qui s'est passé
en France et aux Pays-Bas
en adaptant un Traité
simplifié qui
essayait de retenir
ce qui avait fait l'objet
d'un consensus et d'essayer
d'apporter une réponse.
Je crois qu'il n'y a
pas un seul chef d'Etat
ou de gouvernement qui
est aujourd'hui prêt
ou décidé
à faire une nouvelle
négociation institutionnelle.
C'est assez clair. Il
n'y aura pas d'autre
convention institutionnelle
ou d'autre traité.
A partir de ce moment-là,
c'est soit Lisbonne
- on verra ce que l'on
peut apporter comme
réponse à
nos amis irlandais -,
soit on retourne à
Nice. Mais Nice, cela
veut dire alors plus
d'élargissement,
cela veut dire une Commission
qu'il faut complètement
revoir et cela veut
dire des élections
européennes qui
deviennent extrêmement
difficiles à
organiser, un Parlement
réduit. Chacun
voit bien que la solution
la plus raisonnable,
c'est d'essayer d'apporter
des réponses
aux préoccupations
irlandaises ou tchèques,
mais de rester quand
même dans une
stabilité institutionnelle.
C'est quand même
une grande différence,
Monsieur, par rapport
à 2005. 2005,
ils sont partis avec
une grande ambition,
faire une constitution
qui amène une
Europe fédérale.
On n'est pas dans ce
cas-là avec le
traité simplifié.
Nous tenons compte du
refus d'un certain nombre
de pays. On a considéré
qu'il fallait faire
simplement une règle
de fonctionnement.
Maintenant,
cette difficulté,
on l'a et il faut qu'on
essaie de la surmonter.
Il adviendra à
la Présidence
française de
gérer les choses
au mieux, d'autant plus
qu'après, je
l'ai dit à nos
amis Tchèques,
c'est la Présidence
tchèque. Nos
amis tchèques,
aussi, doivent penser
à cela. Ils auront
la Présidence.
Pour la Présidence,
on doit conduire tout
le monde et avoir la
position la plus consensuelle
possible. C'est pour
cela que je veux absolument
aller en Irlande, essayer
de trouver les voies
et les moyens pour apporter
une réponse aux
préoccupations
irlandaises, ne pas
ouvrir un débat
institutionnel. L'ensemble
des autres pays est
pour la poursuite d'un
processus de ratification.
Pour autant, il faut
une Présidence
française qui
ne soit pas paralysée
par ces questions institutionnelles.
J'ajoute
qu'il n'y a pas que
des mauvaises nouvelles,
parce qu'il y a la ratification
par la Grande-Bretagne.
Je me souviens, quand
on s'est mis d'accord
à Bruxelles,
Bernard Kouchner s'en
souvient comme Jean-Pierre
Jouyet, tout le monde
disait que le problème
allait être la
Grande-Bretagne. La
Grande-Bretagne a ratifié
finalement avec beaucoup
de courage et sans problème
immense.
J'ajoute
que l'histoire de l'élargissement
est très importante.
Un certain nombre de
pays qui ont quelques
réserves sur
le Traité de
Lisbonne sont les plus
allants pour l'élargissement.
Mais sans le Traité
de Lisbonne, il n'y
aura pas d'élargissement.
Q
- Il y aura-t-il la
Croatie dedans ?
R
- Je vous rappelle
que, pour l'élargissement,
il faut l'unanimité.
Je trouverais très
curieux que l'Europe
à vingt-sept
ait du mal à
se mettre d'accord sur
des institutions qui
fonctionnent mais arrive
à se mettre d'accord
pour mettre un 28ème,
un 29ème, un
30ème, un 31ème,
pour être bien
sûre que cela
aille moins bien. Vous
savez, j'étais
de ceux qui pensaient
qu'on aurait été
bien inspiré
à l'époque
de faire la réforme
des institutions avant
de conduire l'élargissement.
J'étais tout
à fait pour l'élargissement,
mais chacun voit bien
ce que cela a coûté
à l'Europe de
ne pas faire la réforme
des institutions avant
l'élargissement.
Si c'est pour recommencer
la même erreur,
je ne vois vraiment
pas l'intérêt.
J'ajoute que c'est un
puissant facteur de
motivation pour la ratification
du Traité de
Lisbonne. On ne peut
pas dire qu'on ne veut
pas des nouvelles institutions
mais qu'on veut de l'élargissement.
Non, Lisbonne permet
l'élargissement.
Pas de Lisbonne, pas
d'élargissement.
C'est une position qui
me paraît assez
raisonnable. Je me permets
de dire que c'est ce
que 99 % d'entre vous
n'ont cessé d'écrire.
On aurait mieux fait
de réformer les
institutions avant d'élargir.
Je ne voudrais pas que
l'on me dise maintenant
que ce serait logique
de continuer l'élargissement
alors qu'on a un problème
institutionnel, si on
est Européen.
En tout cas, je le suis
et je le demeure. En
tant que président
de l'Union, j'essayerai
de faire en sorte que
toute la famille avance
vers l'unité.
Si la seule chose est
une fuite en avant,
vers un élargissement
sans même que
l'on se pose les questions
du fonctionnement, cela
ne serait pas raisonnable.
Cela n'a rien à
voir avec la Croatie
ou qui que ce soit.
Je suis de ceux qui
pensent que l'Europe
doit s'élargir
aux Balkans pour des
raisons de stabilité.
Mais il faut qu'on ait
des institutions pour
accueillir des nouveaux.
Je crois que c'est un
message qui est très
largement partagé
par beaucoup de gens.
Q
- Vous pensez que le
référendum
est la bonne méthode
pour régler ce
problème ?
R
- C'est la raison
pour laquelle je ne
l'ai pas proposée
moi-même dans