CLOTURE
DE LA CONFERENCE
"POUR UNE CROISSANCE
INTENSIVE EN CONNAISSANCE
: STRATEGIES EUROPEENNES
DANS L'ECONOMIE MONDIALE"
INTERVENTION DE LA MINISTRE
DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
ET DE LA RECHERCHE,
MME VALERIE PECRESSE
(Toulouse,
9 juillet 2008)
Monsieur
le Premier ministre,
Monsieur Aho,
Messieurs
les Ministres,
Monsieur
le Maire,
Monsieur
le Président
du Conseil régional,
Monsieur
le Président
du Conseil général,
Mesdames
et Messieurs,
C'est
pour moi une joie de
participer à
la clôture de
la toute première
conférence organisée
par le ministère
de l'Enseignement supérieur
et de la Recherche pendant
ce semestre de Présidence
française de
l'Union européenne.
Une première
conférence, organisée
en étroite collaboration
avec l'Ecole d'économie
de Toulouse, avec le
soutien de la Mairie
de Toulouse et du Conseil
Régional de Midi-Pyrénées.
Et mes premiers mots
iront à tous
ceux qui ont construit
peu à peu, depuis
de nombreux mois, avec
détermination,
cette très belle
manifestation : je tiens
à les en remercier
très chaleureusement.
La
conférence de
Toulouse est avant tout
une rencontre, et, à
quelques jours de la
réunion informelle
des ministres de la
Recherche de l'Union
européenne que
j'organise à
Versailles les 16 et
17 juillet, elle a aussi
valeur de symbole et
d'exemple de ce que
la Présidence
française de
l'Union européenne
cherchera à promouvoir
pendant les six prochains
mois. Une rencontre
entre tous ceux, chercheurs,
universitaires, chefs
d'entreprises, décideurs,
qui participent à
l'organisation de cette
économie de la
connaissance en pleine
mutation sur notre continent.
Ces
trois jours de débats
ont permis d'aborder
le thème central
de l'action des gouvernements
des Etats membres depuis
qu'à Lisbonne,
en 2000, l'Union européenne
s'est fixé comme
objectif de créer
"l'économie
de la connaissance la
plus compétitive
et la plus dynamique
du monde".
Chacun
le sait, et beaucoup
l'ont rappelé
ici, il reste encore
beaucoup à faire
pour atteindre cet objectif.
Mais je vois dans les
débats que vous
avez menés pendant
ces trois jours, dans
la variété
des talents que la conférence
de Toulouse a rassemblés,
une formidable association
des énergies
pour accélérer
la transformation de
nos systèmes
de recherche et de nos
capacités d'innovation.
Et je voudrais saluer
ici la qualité
des interventions de
tous les participants
aux sessions plénières
et aux ateliers, ainsi
que celle des nombreuses
contributions scientifiques
qui ont été
envoyées.
Ce
qu'a également
manifesté la
conférence de
Toulouse, c'est que
cette ambition de favoriser
une croissance intensive
en connaissance est
un défi pour
toute l'Europe, quelles
que soient les situations
politiques ou économiques
de ses 27 Etats membres.
C'est ce qu'ont très
bien illustré
les propos de mes collègues
allemand, espagnol et
estonien. Et vous me
permettrez de leur adresser
un mot particulier.
Car je tiens vraiment
à remercier chaleureusement
mes collègues
et amis Frieder Meyer-Kramer,
Carlos Martinez Alonso
et Tonis Lukas, pour
leur contribution. Leurs
analyses ont été
précieuses :
elles ont largement
contribué à
mettre les thématiques
abordées pendant
ces trois jours dans
une perspective totalement
européenne, associant
ainsi toute la diversité
des histoires et des
économies qui
fait de l'Europe un
continent si unique.
Le
retard de l'Europe par
rapport à d'autres
régions du monde
Mesdames
et Messieurs,
Ces
trois jours de débats
ont été
l'occasion de débattre
de la place de l'Europe
dans une compétition
mondiale que se livrent
actuellement tous les
pays et toutes les régions
du monde et de replacer
dans ce contexte la
stratégie de
l'Europe en matière
de recherche et de connaissance.
Et le constat suivant
s'est vite imposé
: l'Europe reste encore
trop loin de l'objectif
qu'elle s'était
donné en 2000
en définissant
la stratégie
de Lisbonne.
Si
d'indéniables
efforts ont été
faits et les progrès
réels, l'Europe
n'a pas encore rattrapé
son écart avec
d'autres régions
du monde. Plusieurs
ateliers l'ont rappelé
: le nombre de brevets
déposés
dans l'Union, avec un
ratio de 2,5 pour 10.000
habitants, reste encore
trop faible alors qu'il
est de 4,5 aux Etats-Unis
et de 7 au Japon. D'autant
plus que de nouveaux
acteurs, avec les grands
pays émergents,
ont rejoint la compétition
mondiale pour la connaissance.
Ce contexte international
impose plus que jamais
à l'Europe de
s'organiser pour y faire
valoir ses atouts tout
en profitant des nouvelles
opportunités
du monde du XXIème
siècle.
Une
réelle prise
de conscience scientifique
et politique
Depuis
le début de la
décennie, la
plupart des pays européens
ont entamé de
profondes réformes
de leurs systèmes
de recherche et d'innovation.
Pour mener ces réformes,
ils se sont inscrits
dans le cadre de la
stratégie de
Lisbonne, dont le rôle
mobilisateur a été
indéniable. Un
rôle qui se poursuit
encore aujourd'hui alors
que les Etats membres
ont souhaité
prendre toute leur part
dans la relance de l'Espace
européen de la
Recherche. Le lancement
du processus de Ljubljana,
en avril dernier, en
témoigne : et
la France, avec ses
partenaires tchèque
et suédois du
Trio de présidences
de l'Union européenne
des trois semestres
à venir, entend
s'y investir pleinement.
Au cours de ces trois
jours de débats,
vous l'avez souvent
rappelé : pour
s'inscrire pleinement
dans la dynamique de
l'économie mondiale
de la connaissance,
les pays européens
doivent encore amplifier
leurs efforts pour à
la fois mettre en œuvre
des stratégies
nationales ambitieuses
et accélérer
la construction de l'Espace
européen de la
Recherche.
Ces
efforts doivent être
menés de front,
de manière à
ce que ses systèmes
de recherche nationaux
renforcés individuellement,
contribuent ensemble
à un Espace européen
de la Recherche plus
performant, grâce
à une coordination
renforcée et
renouvelée entre
ses différents
acteurs.
Car
c'est bien d'une plus
grande coordination
des efforts nationaux
de recherche à
l'échelle européenne
que proviendra le gain
en efficacité
qui permettra à
nos économies
de bénéficier
davantage d'une croissance
intensive en connaissance.
Des systèmes
nationaux de recherche
qui, dans chacun de
nos pays, doivent répondre
aux mêmes questions
de l'excellence et de
la pertinence :
-
excellence de la recherche
d'abord, ce qui suppose
des investissements
budgétaires à
la hauteur de nos ambitions,
une gouvernance réformée
et des formalités
administratives simplifiées
pour que le temps des
chercheurs soit avant
tout un temps consacré
à la recherche
;
-
pertinence des solutions
apportées par
l'innovation, ensuite,
grâce à
des dispositifs pertinents
pour que la science
soit traduite en réponses
aux défis globaux
que nous lance notre
société.
Renforcer
la recherche académique
: efforts français
et efforts européens
Une
recherche académique
européenne à
la fois excellente et
dynamique, capable de
dialoguer avec les autres
centres d'excellence
mondiaux, telle est
la condition indispensable
du développement
de l'économie
de la connaissance en
Europe. C'est avec une
recherche académique
européenne plus
puissante, plus réactive,
que nos pays favoriseront
la création d'entreprises
innovantes répondant
aux défis de
nos sociétés.
Les
actions de la France
C'est
dans cette perspective
que la France réforme
ses universités,
les amenant vers plus
d'autonomie et leur
donnant ainsi les moyens
de mettre en œuvre
des stratégies
de recherche, mais aussi
en leur offrant la capacité
de proposer des formations
innovantes et pertinentes
pour une meilleure insertion
des étudiants
dans la vie active.
Et
c'est le même
objectif que nous poursuivons
quand nous réorganisons
le paysage de la recherche
française pour
le rendre plus lisible
non seulement en France
mais aussi à
l'extérieur de
nos frontières,
et que nous avons accru
la part du financement
sur projet tout en développant
simultanément
l'excellence et l'évaluation.
Les
actions pour renforcer
l'EER
Pour
la recherche française,
l'Espace européen
de la recherche est
le nouvel horizon, un
horizon naturel. Un
espace que je souhaite
le plus ouvert possible,
faisant toute sa place
à une cinquième
liberté, celle
de la connaissance,
qui viendrait s'ajouter
aux quatre premières
qui sont au cœur
du traité de
Rome : celles des personnes,
des biens, des services
et des capitaux.
L'Espace
européen de la
Recherche doit s'appuyer
avant tout sur l'extraordinaire
talent de ses chercheurs
en leur ouvrant des
perspectives infinies
de mobilités
et de rencontres. L'exemple,
c'est le programme de
mobilité universitaire
ERASMUS qui en 20 ans
a permis à deux
millions d'étudiants
d'aller étudier
un semestre ou une année
en dehors de leur pays
d'origine. Si j'ai souhaité
que la Présidence
française de
l'Union européenne
donne une nouvelle impulsion
à la mobilité
des étudiants
en Europe, je souhaite
aussi que l'Espace européen
de la recherche soit
un espace de mobilité
pour les chercheurs
européens.
Des
dispositifs existent,
comme les actions "Marie
Curie". Il faut
les développer.
Mais il faut aussi rendre
plus faciles et plus
valorisantes pour leurs
carrières les
mobilités des
chercheurs européens.
C'est pourquoi, la Présidence
française soutient
la proposition de la
Commission européenne
destinée à
"favoriser les
carrières et
la mobilité"
en appuyant le partenariat
qu'elle propose aux
Etats membres. C'est
dans cette perspective
qu'elle souhaite également
lancer l'idée
d'un statut européen
des chercheurs, dont
il faudra aussi, le
moment venu, discuter
avec les ministres européens
chargés des législations
sociales. Si l'Europe
considère que
la recherche est une
priorité pour
son avenir, alors elle
ne doit pas hésiter
à considérer
pour les chercheurs
européens un
statut particulier.
C'est
aussi en développant
le financement par projet
au niveau communautaire
que l'Espace européen
de la recherche contribuera
à l'excellence
de la recherche. Les
financements par le
Conseil européen
de la Recherche sont
un instrument efficace.
Il me semble souhaitable
de les développer
et d'étendre
leurs critères
de sélection,
l'excellence et la pertinence,
à des programmes
de recherche thématique
amont par exemple dans
les nanosciences, les
biotechnologies, et
particulièrement
les neurosciences, ou
les sciences et technologies
de l'information et
de la communication.
Mais aussi à
des programmes blancs
qui concerneraient non
pas un seul mais plusieurs
chercheurs européens
qui, ensemble, définiraient
un projet. Une équipe
de trois à cinq
chercheurs de trois
nationalités
au moins. Car la recherche
européenne n'est
pas un exercice solitaire.
Et aux financements
individuels, le Conseil
européen de la
recherche pourrait ajouter
quelques financements
pluripersonnels.
Anticiper
le monde de demain à
l'aide de la recherche
Je
l'ai dit en introduction,
et j'en ai fait un des
slogans de la Présidence
française dans
le domaine de la recherche,
je souhaite que la recherche
puisse contribuer à
répondre aux
défis de notre
société
en favorisant "une
science au service de
la société".
Et
si la recherche dessine
le monde de demain,
son épanouissement
doit bénéficier
aujourd'hui d'un cadre
adapté. Pour
cela, nous devrons envisager
toutes les solutions
modernes de politique
publique, qu'elles relèvent
de la réglementation,
de la fiscalité,
de l'investissement
public ou de l'achat
public.
Les
actions de la France
C'est
dans cet esprit que
la France a envisagé
le "Grenelle de
l'environnement"
qui s'est tenu en France
en 2007. Ces nombreuses
réunions organisées
entre l'Etat, les collectivités
locales, les Organisations
non gouvernementales,
les employeurs et les
salariés ont
permis de redonner de
l'élan aux politiques
de recherche environnementales
en les soutenant financièrement
et fiscalement. Ces
choix politiques ont
permis d'axer l'effort
de recherche là
où de nouvelles
interrogations se posaient
à nous tous aujourd'hui.
De
la même manière,
le Plan Alzheimer doit
permettre de nouvelles
avancées scientifiques
autour de cette maladie.
C'est dans ce but qu'a
été créée
une fondation de coopération
scientifique, voulue
pour stimuler et coordonner
la recherche scientifique
sur cette maladie qui
touche plus de 10.000
nouveaux malades chaque
année en France.
Ces nouveaux dispositifs
vont permettre à
de nouvelles pistes
de recherche d'être
étudiées.
Les
actions de l'EER
Je
souhaite que ce type
de programmes s'organise
à l'échelle
de l'Espace européen
de la recherche. Les
débats que vous
avez eus ont souligné
le besoin de développer
de tels programmes,
par souci d'efficacité,
mais aussi parce qu'ils
permettront de rendre
l'Espace européen
de la recherche plus
visible aux yeux des
citoyens européens.
Ces
"programmes EER"
pourraient être
mis en place dans des
domaines aussi divers
que les nouvelles énergies,
l'adaptation de l'agriculture
au changement climatique,
Alzheimer, les maladies
émergentes, etc...
Cette proposition sera
d'ailleurs au cœur
de la réunion
informelle des Ministres
européens de
la Recherche que j'organise
la semaine prochaine
à Versailles.
A l'invitation de la
Présidence française,
les 27 ministres de
la Recherche de l'Union
européenne, ainsi
que les commissaires
Potocnik et Reding,
réfléchiront
ensemble pour déterminer
les thématiques
sur lesquels l'Espace
européen de la
recherche devrait favoriser
la coordination des
politiques publiques
de recherche en Europe.
Si
j'ai souhaité,
dès le début
du processus de Ljubljana,
que la relance de l'Espace
européen de la
recherche se fasse autour
de thématiques
prioritaires, déterminées
en commun avec tous
les Etats membres et
la Commission européenne,
il me semble également
indispensable de prévoir
la meilleure gouvernance
possible de ce travail
de coordination: une
gouvernance privilégiant
l'excellence, la réactivité
et l'ouverture à
tous les acteurs potentiellement
utiles. Une gouvernance
qui est celle du plan
SET sur les nouvelles
technologies énergétiques,
et qui, à ce
titre, a fourni un premier
exemple à suivre.
En
définissant des
thématiques prioritaires
et en marquant leur
soutien aux initiatives
de la Commission pour
relancer l'Espace européen
de la Recherche, les
Etats membres définiront
ensemble une vision
renouvelée du
paysage de la recherche
européenne. Une
recherche répondant
aux défis de
la société,
et s'inscrivant dans
la dynamique de l'économie
mondiale de la connaissance.
De
la recherche à
l'innovation
Ces
objectifs ne peuvent
enfin être envisagés
qu'en rendant plus fluide
le transfert des résultats
de la recherche vers
l'économie. Au
cœur de ce transfert,
la propriété
industrielle joue un
rôle pivot sur
lequel une économie
dynamique, notamment
construite autour de
nouvelles entreprises,
peut créer de
nouveaux marchés
et de nouvelles activités,
qui seront les acteurs
indispensables à
une croissance retrouvée.
C'est
ce mouvement que j'ai
souhaité amorcer
en plaidant en faveur
de la ratification par
la France de l'Accord
de Londres, et qui a
été poursuivi
par la nouvelle convention
du brevet européen.
Je tiens à vous
le dire aujourd'hui
: je souhaite que ce
mouvement soit poursuivi
et accéléré
par l'adoption au niveau
communautaire d'un système
juridictionnel des brevets
et par la création
du brevet communautaire.
Les Présidences
portugaise puis slovène
ont permis de faire
avancer les réflexions
sur ces sujets : une
dynamique est aujourd'hui
enclenchée, elle
doit aboutir. La Présidence
française, au
sein du Conseil Compétitivité
que je co-préside
avec mon collègue
Hervé Novelli,
aura à cœur
de faire avancer ce
sujet primordial pour
la valorisation de la
recherche européenne.
Mesdames
et Messieurs,
La
conférence de
Toulouse a rassemblé
pendant trois jours
plusieurs centaines
d'acteurs de la mutation
de l'économie
européenne de
la connaissance. Elle
a bénéficié
de très nombreux
travaux scientifiques
et donné lieu
à des débats
particulièrement
riches.
Elle
aura en ce sens contribué
à inaugurer de
la plus belle manière
une Présidence
française dans
le domaine de la recherche,
que je souhaite à
la fois ambitieuse dans
la réalisation
du mandat que lui ont
confié les Etats
membres et modeste devant
l'ampleur de la tâche
qu'il convient de mener
dans un esprit parfaitement
partenarial.
C'est
cet esprit, il me semble,
que vous avez su créer
pendant vos travaux.
Et je repars de Toulouse
à la fois sûre
de l'orientation qu'il
nous faut désormais
donner à l'Espace
européen de la
recherche et certaine
que cette nouvelle orientation
saura rassembler beaucoup
d'énergies et
de talents pour donner
une nouvelle impulsion
décisive à
notre action commune
pour faire, ensemble,
de la recherche européenne
le moteur d'une croissance
intensive en connaissance.
Je
vous remercie./.
(Source
: site Internet du Ministère
de l'enseignement supérieur
et de la recherche)