TRIBUNE
COMMUNE DE LA
MINISTRE DE L'ECONOMIE,
DE L'INDUSTRIE
ET DE L'EMPLOI,
MME CHRISTINE
LAGARDE,
ET DU SECRETAIRE
D'ETAT
CHARGE DE LA COOPERATION
ET DE LA FRANCOPHONIE,
M. ALAIN JOYANDET,
DANS LE QUOTIDIEN
"LIBERATION"
(Paris, 22 avril
2008)
"Pour
une mobilisation
mondiale contre
la crise alimentaire"
Les
pays les plus
pauvres, notamment
ceux d'Afrique,
font aujourd'hui
face aux effets
de la forte hausse
des cours des
matières
premières
et des denrées
alimentaires.
Les chiffres parlent
d'eux-mêmes
: les populations
pauvres dépensent
en moyenne les
trois quarts de
leurs revenus
pour leur alimentation.
Lorsque le cours
du riz augmente
de 75 %, comme
ces deux derniers
mois, ou que le
blé gagne
120 % en un an,
les conséquences
sont dramatiques.
Il y a des risques
de famine dans
de nombreux pays
à faible
revenu, surtout
en Afrique subsaharienne.
Notre
responsabilité
collective est
d'éviter
que les populations
les plus fragiles
ne subissent de
plein fouet les
effets de ces
hausses massives.
Le risque est
réel de
voir remis en
cause les progrès
réalisés
ces dernières
années
dans la lutte
contre la pauvreté.
Plus généralement,
c'est la stabilité
économique
et financière
des Etats qui
est en question.
La France est
pleinement mobilisée
face à
ce défi.
Nous
nous étions
saisis du sujet
avec nos quinze
collègues
ministres africains
de la zone franc
début avril.
Nous avons vigoureusement
porté ce
message lors des
réunions
ministérielles
du FMI et de la
Banque mondiale
les 12 et 13 avril.
Nous avons, de
plus, demandé
aux institutions
de Bretton Woods
de mobiliser rapidement
tous les outils
à leur
disposition, y
compris leurs
propres ressources
financières.
Depuis,
la France a annoncé
par la voix du
président
de la République
le doublement
de son aide alimentaire,
qui passera à
près de
100 millions de
dollars (63 millions
d'euros) dès
2008. Elle a répondu
à l'appel
d'urgence du Programme
alimentaire mondial
pour trouver 500
millions de dollars
(315 millions
d'euros) pour
faire face à
la hausse de ses
coûts d'approvisionnement
et apporter une
solution aux besoins
des pays pauvres.
Le gouvernement
vient de créer
un groupe d'intervention
sur la sécurité
alimentaire pour
mobiliser et coordonner
nos moyens avec
plus d'efficacité
et de rapidité.
Ce que la France
appelle de ses
vœux c'est
un véritable
partenariat mondial
pour l'alimentation
et l'agriculture,
comme l'a indiqué
le président
de la République.
Les
institutions de
Bretton Woods
doivent aussi
être capables
d'apporter leur
contribution à
cet effort y compris
sous forme de
réponses
rapides.
Au
cours des réunions
de Washington,
la France a ainsi
plaidé
pour que le FMI
et la Banque mondiale
travaillent ensemble
et assouplissent
leurs instruments
d'intervention.
Le Fonds s'est
engagé
à changer
les conditions
de fonctionnement
de la facilité
"chocs exogènes"
créée
en 2005. Le président
de la Banque mondiale
a également
reconnu que les
outils financiers
dont il dispose
pour intervenir
dans les pays
les plus pauvres,
soit près
de 25 milliards
de dollars (15,7
milliards d'euros)
dont 1,8 apporté
par la France,
doivent être
plus flexibles
et plus faciles
à mobiliser.
La vraie réponse
de long terme
à la crise
actuelle se trouve
dans le développement
des cultures vivrières,
de la productivité
agricole et des
infrastructures
rurales (irrigation,
transport, stockage…).
C'est un domaine
dans lequel la
Banque mondiale
peut apporter
beaucoup, aux
côtés
des autres institutions
des Nations unies.
A cet égard,
la France, qui
a longtemps plaidé
en ce sens, soutient
pleinement la
décision
de la Banque de
remettre l'agriculture
au cœur de
sa stratégie
en doublant ses
prêts dans
ce secteur en
Afrique subsaharienne,
pour atteindre
800 millions de
dollars (503 millions
d'euros) par an.
En outre, nous
considérons
que les institutions
financières
internationales
ne pourront répondre
à ces défis
que si elles se
réforment
pour accorder
plus de place
aux pays en développement
et notamment aux
plus pauvres d'entre
eux. Il en va
de leur légitimité
mais aussi de
leur efficacité.
Le
FMI a avancé
dans cette voie.
Les réunions
tenues la semaine
passée
ont été
l'occasion d'exprimer
le soutien de
l'Europe et de
la France à
la réforme
du FMI proposée
par son directeur
général,
M. Strauss-Kahn.
Cette réforme,
pour laquelle
la France et le
Royaume-Uni ont
fait un effort
considérable
en acceptant une
baisse de 15 %
de leurs droits
de vote, permet
un rééquilibrage
en faveur des
grands pays émergents
et une amélioration
durable de la
représentation
des pays pauvres.
La
Banque mondiale
doit à
son tour se réformer
en donnant la
priorité
à la représentation
des pays pauvres.
Nous l'avons dit
à son président
en lui demandant
de parvenir à
un consensus d'ici
au printemps 2009./.